Présidence de l'Europe : c'est le bazar !

Publié le par Hughes Beaudouin

"Ceux qui parlent ne savent rien, et ceux qui savent ne parlent pas"... Cet adage popularisé en son temps par Bernadette Chirac est d'une brûlante actualité appliquée aux négociations en cours sur le choix des "top jobs" de l'Union européenne. Les rumeurs enflent chaque jour, se dégonflent dès le lendemain et d'autres apparaissent. Aucune info ou presque ne filtre, les Suédois qui président l'Union jusqu'au 31 décembre cultive un suspense sans précédent, ne laissant échapper à dose homéopathique que quelques infos immédiatement analysées et souvent surinterprétées. Le ministre des affaires étrangères suédois va-t-il déjeuner dans une pizzeria qu'immédiatement on spécule sur la chance du candidat italien. La ministre des affaires européennes s'exprime-t-elle en français, qu'on se dit que les candidats francophones ont leur chance... Un jour, ce sont les Polonais qui laissent dire qu'ils ne se laisseront pas dicter un choix par le directoire franco-allemand, suivis des Espagnols qui auraient exigé qu'un des postes leur revienne. Et c'est là que le nom de l'ancien premier ministre José Maria Aznar réapparait. Etrangement soutenu par le président du parlement européen. A quelques heures du sommet dînatoire, la situation est plutôt confuse. "It's a complete mess" s'est écriée en début de semaine Cecilia Malmström, la ministre suédoise des affaires européennes. Comprenez, "c'est le bazar le plus complet". Une seule certitude, une vingtaine de noms circulent pour les deux postes. Seuls 6 ou 7 sont connus et encore, sans confirmation en général des intéressés.

Le Benelux en vedette
Alors qu'aucun candidat à la présidence de l'Union ou à la fonction de Haut représentant ne semble se détacher, Herman Van Rompuy semble toujours le favori pour la présidence, même s'il a perdu quelques points après s'être exprimé en faveur d'une fiscalité verte européenne lors d'un déjeuner du cercle de Bilderberg. Un cénacle très chic et très discret réunissant hommes politiques, d'affaires, journalistes triés sur le volet. Immédiatement, la presse britannique, Daily Telegraph en tête, a lancé l'offensive anti-belge. Jean-Claude Juncker, le premier ministre du Luxembourg, semble avoir de nouveau les faveurs de l'Allemagne après une déclaration de soutien du président du Bundestag. Très probablement autorisé par Angela Merkel. Les Britanniques continuent de soutenir Tony Blair faisant mine d'ignorer qu'il n'a quasiment plus aucune chance. En coulisses, les diplomates britanniques s'activent, cajolent les journalistes, exercent un lobbying d'enfer auprès de certaines agences de presse. A Bruxelles, les journalistes britanniques tiennent le même discours : Blair est le meilleur candidat, c'est lui qui sera capable de donner un visage à l'Europe. "Oui mais quel visage !" rétorquent unanimes Belges, Luxembourgeois et Néerlandais qui eux ont chacun leur candidat. Le Benelux tient la vedette. Petits pays, mais pays fondateurs qui participent à toutes les politiques européennes. Leur brevet d'européanité est quasi incontestable. Mais bon, leurs candidats sont un peu ternes, peu connus hors d'Europe... et surtout un peu trop "masculins".

Où sont les femmes
Car depuis quelques jours, les femmes européennes se révoltent. Alors que tout le monde parle d'équilibre, nord/sud, est/ouest, gauche/droite, petit/grand, il en est qui ne semble vraiment plus une priorité, l'équilibre homme/femme. Alors que la Commission européenne est en phase de renouvellement, il apparait que seules 4 candidatures de femmes ont été à ce jour présentées. La Commission sortante en compte 8. La régression est patente. Alors en deux jours c'est une véritable offensive qui a été lancée pour appeler les Etats à soutenir des candidatures féminines. Issues de la plupart des groupes politiques du parlement européen, des députées ont manifesté ce mercredi, habillées en homme, portant cravatte, pour dénoncer cette Europe masculine. Et on sent que les diplomates européens sont embarrassés. ils semblent hésiter. Et pourtant des candidates, il y en a, Et une particulièrement, qui ne manque pas de bravoure. l'ancienne présidente de la Lettonie, Vaira Vike Freiberga est candidate déclarée.
Voilà une femme qui détonne dans le paysage politique européen. Alors que les hommes n'osent se déclarer et que certains et qu'une opacité complète couvre des négociations secrètes, voilà une femme qui assume son ambition. N'hésite pas accorder des interviews, à dénoncer les pratiques politiques moyennageuses des dirigeants européens. Alors c'est le buzz depuis le début de la semaine. Au grand dam des autres "candidats" qui ne savent pas comment riposter. La nomination d'un premier président de l'Union européenne devait offrir au monde un nouveau visage de cette vieille Europe et l'affaire tourne au ridicule. "Même l'élection d'un pape est plus transparente" lance excédé un diplomate suédois, habitué dans son pays à plus de transparence.

Mais que pense Paris?
Alors, état des lieux à quelques heures de l'échéance ? Le poste de président de l'Union ira probablement à un homme de droite... ou une femme et le Haut Représentant sera un social démocrate. Qu'il n'y aura probablement pas de Français, car Paris n'a présenté aucun candidat. Même si depuis mardi circule la rumeur d'une nomination d'Elisabeth Guigou au poste de haut représentant. On résoudrait du même coup le quadruple critère : femme, expérimentée, socialiste et issue d'un pays fondateur. Mais personne, vraiment personne ,de l'Elysée à Matignon n'a donné le moindre crédit à cette information. Encore une rumeur...D'ailleurs la position de la  France intrigue. Chacun est bien conscient que rien ne sera décidé sans son accord, Certes, les nominations seront votées à la majorité qualifiée. Mais personne n'imagine que les principaux dirigeants de l'Union puissent être nommés sans l'aval de Paris. Cette fois ci la France n'a pas de candidat déclarée et est devenue soudainement très discrète depuis que son soutien à Tony Blair n'a servi strictement à rien. Une simple note des dirigeants du Benelux a suffi à discréditer la candidature de l'ancien premier ministre britannique. Ca rend modeste... Depuis Paris souffle le chaud et le froid. Laissant entrevoir un soutien au premier ministre belge, mais deux jours après n'excluant pas de soutenir le premier ministre luxembourgeois. Autre signe, la candidature de la francophone Vike-Freiberga - une amie de l'ancien président Chirac - est ouvertement soutenue et orchestrée par un think tank français, proche du Quai d'Orsay. Une coincidence ? L''Elysée en tout cas ne veut pas apparaitre dans le camp des perdants. Réponse ce soir jeudi, tard, peut être très tard. Le protocole du conseil européen a tout de même pris toutes ses dispositions au cas où. Petit déjeuner et même déjeuner pour vendredi ont été prévus...

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