les censeurs chinois en visite à bruxelles

Publié le par Hughes Beaudouin

http://referentiel.nouvelobs.com/file/695919.jpgLa fureur de Pékin à propos de l’attribution vendredi 8 octobre du prix nobel de la paix au dissident Liu Xiaobo est venu rappeler que la question des droits de l’homme demeure un sujet extrêmement sensible. Deux jours auparavant, on avait eu à Bruxelles un autre exemple de cet autisme chinois. C’est à l’issue du sommet UE-Chine que la scène suivante s’est déroulée avec un épilogue suffisamment rare pour être souligné.

Vers 16h ce mercredi alors que la conférence de presse finale doit débuter incessamment, deux journalistes chinois dissidents se voient refuser l’accès à la salle de presse par les services de sécurité du Conseil de l’Union européenne, siège de la présidence. Ces journalistes sont pourtant dûment accrédités par les institutions européennes. Mais les autorités chinoises veillent au grain. Plusieurs membres de la délégation chinoise sont là pour surveiller l’entrée. Rappelons que nous sommes dans une enceinte sous juridiction européenne et que le gouvernement chinois n’a aucune compétence dans ce périmètre. Pourtant, les gardes de sécurité européens, sur injonction d’un diplomate chinois, vont empêcher les deux journalistes d’entrer dans les locaux. Immédiatement, plusieurs journalistes européens, présents sur les lieux, interviennent fermement et font venir le chef du service de presse du Conseil. Celui-ci se rend à l’évidence, les 2 journalistes chinois sont bien accrédités et aucun prétexte ne peut être invoqué pour leur interdire de participer à la conférence de presse. Fureur immédiate des Chinois pour qui la seule présence de journalistes chinois indépendants susceptibles d’interpeller le premier ministre Wen Jiabao relève du pur cauchemar. Les diplomates chinois interviennent donc au plus haut niveau et tentent de négocier directement avec la présidence du conseil l’interdiction d’accès aux deux journalistes.

Et là, les diplomates européens tiennent bon, imaginant probablement ce que pourraient être l’impact médiatique s’ils venaient à accéder aux exigences chinoises. Les Chinois menacent de tout annuler. Rien n’y fait. Après plus d’une heure de négociations plutôt tendues, la présidence du conseil préfère annuler la conférence de presse plutôt que d’en organiser une sans la présence de la presse chinoise indépendante. L’honneur est sauf.

Soulignons au passage que l’UE accrédite chaque année un nombre croissant de journalistes chinois indépendants qui travaillent essentiellement pour la presse web. 

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