Barroso : la victoire en grimaçant...

Publié le par Hughes Beaudouin

Nommé au forceps et par défaut. Décidément, Barroso ne suscite aucun enthousiasme en Europe. C’est l’apathie de la social-démocratie européenne qui semble être à ce jour son principal atout. Réunis à Luxembourg ce lundi pour notamment préparer le sommet européen de jeudi et vendredi, les 27 ministres des Affaires étrangères ont fait le service minimum et n’ont concédé à Barroso qu’un « adoubement politique », lui refusant une « nomination légalement contraignante ». Laissant ainsi ouverte la possibilité de changer d’avis si les choses tournaient mal au Parlement européen mi-juillet .

Réticences franco-allemandes
Cette nomination qui n’en est pas une tient compte des réticences franco-allemandes. Paris et Berlin n’ont jamais « adoré » Barroso. Il n’était pas leur candidat en 2004, mais celui de Blair. C’est un moyen aussi de maintenir la pression sur le très malléable président de la Commission afin d’obtenir les postes convoités au sein du collège des commissaires. C’est aussi un signe dans la direction des parlementaires européens. Car même si la droite modérée a emporté une victoire nette et précise, elle est loin d’être majoritaire : 264 voix sur 736 (35% des sièges).

Un parcours en 3 étapes
Conformément aux procédures et au calendrier qu’il s’était fixé, le Conseil européen va probablement suivre cet avis en fin de semaine. Barroso s’est porté candidat au lendemain du scrutin européen « à la demande de la présidence tchèque du Conseil » (formule qui a bien fait sourire), ayant constaté qu’il avait bien une majorité parlementaire. Une fois ce premier set emporté, Barroso va devoir affronter le 2ème et le 3ème. Le 2ème devrait être à sa portée. Il s’agit « simplement » d’obtenir une majorité sur son nom au Parlement européen. Il a d’ores et déjà les 264 voix du Parti populaire européen et lui manque certes une centaine de voix pour atteindre une majorité de 368 parlementaires. Voix qu’il devrait pouvoir obtenir auprès des Libéraux, de certains conservateurs eurosceptiques britanniques et tchèques, s’il n’est pas trop maladroit. Il n’est pas dit non plus que certains socialistes ne lui accordent pas quelques voix. On pense notamment aux Allemands, la direction du SPD ayant apporté son soutien au Portugais. Mais c’était avant la déconfiture électorale du 7 juin.

L'épreuve des auditions parlementaires
C’est le 3ème set qui s’annonce plus problématique. Et comme le soulignait la semaine dernière un commissaire européen : « Barroso ayant un sens politique assez particulier, il est capable de ne pas être à la hauteur sur cette étape ». Il s’agira en fait de faire approuver à l’automne le collège des 26 autres commissaires par le parlement européen. Entre la mi-juillet, date de sa confirmation par l’Assemblée de Strasbourg et début novembre, à l’issue du mandat de l’actuelle commission, Barroso va devoir constituer son équipe. On se rappelle qu’en 2004 il avait fait preuve d’une incroyable arrogance et d’une absence totale de sens politique. Certains des commissaires avaient été récusés par les commissions parlementaires soit pour incompatibilité avec la fonction ou incompétence. En plein milieu de la nuit, Barroso avait dû céder pour éviter le risque de voir la totalité de la Commission rejetée par les parlementaires. Une reculade forcée qui le poursuivra tout au long de son mandat. Avec un Parlement encore plus dispersé, et des Verts requinqués, les auditions des Commissaires s'annoncent sportives.

Un exercice périlleux

C’est un exercice périlleux car le président élu de la Commission n’a pas forcément les mains libres. Ce sont les gouvernements qui lui proposent des noms, et le plus souvent un seul. Donc pas de marge de manœuvre alors que les Traités précisent bien que la discussion est possible. Ensuite il faut répartir les portefeuilles et les vice-présidences et là aussi les Etats ont leurs exigences. On ne peut pas confier tous les portefeuilles importants (concurrence, marché intérieur, commerce, agriculture, transports) à des grands Etats et en même temps on ne peut pas les éliminer complètement. C’est une discussion assez tendue qui se déroule entre les capitales et le Président. Il faut respecter plusieurs types d’équilibre : nord/sud, Est/Ouest, petits/grands, hommes/femmes… Enfin il faut respecter la diversité politique de l’Europe. Même en recul notable, la social démocratie européenne demeure une force politique majeure. Il faut donc lui confier des portefeuilles importants. Ainsi qu’aux Libéraux qui dirigent plusieurs gouvernements.

Barroso aura-t-il la volonté et la force de ne pas se faire imposer ses Commissaires ? Rien n’est moins sûr, car en un mandat Barroso a véritablement modifié la nature de sa fonction. Il est devenu une sorte d’exécutant des Etats ou de coalitions d’Etats. Il y a peu de chance qu’il se découvre soudainement héritier de Jacques Delors alors qu’il n’a eu de cesse de trahir son héritage depuis 2004.

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