Une Europe brune au Parlement européen?

Publié le par Hughes Beaudouin

C’est le paradoxe de cette élection, les eurosceptiques n’ont pas atteint leur objectif mais l’extrême droite a elle progressé. La droite européenne s’est légitimement réjouie de cette victoire sans précédent au parlement européen. Dans de nombreux pays, le parti majoritaire à droite a absorbé la frange la plus modérée des eurosceptiques. C’est le cas en France, en Italie, en Allemagne, en Pologne, en Espagne, en République tchèque. Mais dans le même temps, la partie la plus extrême de cette droite eurosceptique voire europhobe a rejoint l’extrême droite, la plus radicale parfois.
C’est ainsi qu’on voit arriver à l’Assemblée européenne des élus représentant une Europe brune, qui rappelle parfois des heures peu glorieuses de l’histoire du continent. La Lettonie envoie un neo nazi, la Grande Bretagne un inquiétant raciste, la Hongrie un quarteron de xénophobes anti tziganes et la liste pourrait continuer ainsi avec la Finlande, la Bulgarie, la Grèce... Les extrêmistes de droite sont plus nombreux, et issus de plus de pays.

Mais pour autant, ils ne pourront probablement pas former un groupe. Selon les nouvelles règles du parlement européen, il faut au minimum 25 parlementaires représentant 7 pays pour prétendre à former un groupe. Ce sera très compliqué à atteindre. Il y a des antagonismes insurmontables au sein de l’extrême droite. Son dénominateur commun est tout de même l’exclusion de l’autre, y compris des « camarades extrémistes » du pays d’à côté. On en a fait l’expérience lors de la dernière législature lorsque le Front national a tenté de mettre sur pied un groupe avec ses homologues italiens, roumains, bulgares… Le groupe Identité, Souveraineté et Tradition, présidé par Bruno Gollnisch, n’a tenu que quelques semaines. Alessandra Mussolini, petite fille de qui vous savez, s’était permise d’insulter les Roumains les qualifiant de « voleurs et criminels ». Il n’en fallait pas plus pour que la fibre nationale des extrêmistes de « Romania Mare » s’en trouva durement blessé. Le groupe a explosé. Et on peut imaginer aisément que tel conflit pourrait se reproduire.
Comment imaginer un post fasciste hongrois ou bulgare s’entendre avec le voisin extrémiste dont la base idéologique est le rejet des minorités de son propre pays. Ou un antisémite britannique s’allier à un pro Israël néerlandais ? Le populiste Geert Wilders est peut être un douteux personnage, mais pro Israël et progay. Une ligne infranchissable pour nombre d’extrémistes d’Europe de l’Est. Le Danois Morten Messerschmidt du Parti du peuple danois et son alter ego finlandais ont peu à voir avec la milice paramilitaire hongroise anti-Rom Jobbik…

Les seuls partis européens d’extrême droite vraiment structurés, capables de mener une telle opération de rassemblement des droites radicales sont le Front national français et le Vlaams Belang flamand. Mais les deux mouvements ont enregistré de médiocres scores. Le FN a perdu 4 sièges, le Vlaams Belang 3. Peu de chances donc qu’ils puissent devenir la colonne vertébrale d’un éventuel groupe d’extrême droite. La plupart des parlementaires issus de cette mouvance resteront probablement non inscrits, d’autres rejoindront le groupe des souverainistes UEN, d’autres encore les eurosceptiques d’IND/DEM et peut etre encore d’autres – les plus modérés - le futur groupe que formeront les conservateurs britanniques, tchèques et polonais. Beaucoup se réjouissent déjà à Bruxelles de cette situation. La perspective d’avoir à fournir financement, locaux, moyens de travail et d’avoir à négocier avec un président de groupe extrémiste au Parlement européen donnait déjà des sueurs froides aux leaders des autres groupes.

Commenter cet article