Et Barroso dans tout ça?

Publié le par Hughes Beaudouin

A part un appel tardif à aller voter, le Président Barroso est resté très discret durant cette campagne. Mais en coulisse il s'active et... s'inquiète. Son avenir à la tête de la Commission est en effet suspendu aux résultats des urnes. La Commission ne doit être renouvelée qu'en fin d'année, Traité de Lisbonne ou pas, et l'actuel titulaire est candidat à sa succession. La totalité des Etats membres lui ont, semble-t-il, donné des assurances. Sauf que le Parlement européen doit valider ce choix et à ce jour rien n'est joué.

Le "Tout Sauf Barroso" est très à la mode en ce moment à Bruxelles. Beaucoup de députés européens socialistes pourraient se désolidariser de leur chef de gouvernement et soutenir une candidature alternative. Les Libéraux, les Verts souhaitent également ouvrir le jeu. En début de semaine, José Manuel Barroso a eu quelques sueurs froides apprenant que d'anciens premier ministres socialistes parmi lesquels José Socrates, Felipe Gonzales, Lionel Jospin, ont appelé à une candidature socialiste. Embarras à Londres, Madrid et Lisbonne dont les gouvernements soutiennent Barroso. La situation est encore plus ubuesque à Berlin. Les instances dirigeantes du SPD soutiennent Barroso, mais la base renâcle. Le président allemand du groupe socialiste au Parlement européen, Martin Schultz,  veut lui s'accommoder les bonnes grâces du président de la Commission pour des raisons très personnelles : son ambition est de devenir commissaire européen et a donc besoin du soutien de son meilleur "ennemi" Barroso. La gauche progressiste part donc divisée. Pas simple pour obtenir une majorité de voix à l'automne.

Autre difficulté pour le Portugais : la division des droites. Les conservateurs britanniques, tchèques et polonais vont quitter le groupe des droites européennes au Parlement et créer leur propre groupe. Pas sûr que ce groupe très eurosceptique soutienne Barroso. La future configuration de l'Assemblée européenne pourrait être ainsi très compliquée. Barroso l'a bien compris. Alors qu'il a fait savoir officiellement qu'il était candidat à sa propre succession il y a quelques semaines, il se refuse maintenant à toute déclaration. Au vu du camouflé qu'il a dû déjà encaisser lors de sa première nomination en 2004, il pourrait cette fois ci renoncer s'il n'a pas la garantie d'obtenir une majorité au parlement.  Mais que reproche-t-on finalement à ce Portugais soutenu unanimement par les gouvernements européens. Et bien justement, d'être trop soutenu par les Etats. C'est toujours suspect pour les parlementaires européens. Le rôle effectivement du président de la Commission est de représenter l'intérêt général européen. Et effectivement, l'actuel président de la Commission s'est trop souvent fait le porte-parole des desiderata des grands Etats membres. Ne le surnomme-t-on pas dans les cénacles bruxellois le Grand Secrétaire du Directoire (France,  Allemagne, Italie, Grande Bretagne) ?

Enfin, tare impardonnable pour beaucoup d'Européens : Barroso est le dernier responsable européen encore aux responsabilités à avoir soutenu la guerre en Irak. Certains aimeraient bien lui faire payer 6 ans plus tard ce soutien... A ce stade, sa seule chance est qu'il n'y a aucune candidature alternative crédible. L'opposition à Barroso est probablement majoritaire mais incapable de se mettre d'accord sur un nom.

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