Enjeux européens d'une élection.... européenne

Publié le par Hughes Beaudouin

Jamais élections européennes n'auront été si disputées. Plus de 650 listes sur le territoire de l'Union,375 millions d'électeurs, 736 sièges à pourvoir (785 actuellement, 751 quand le Traité de Lisbonne sera adopté). On s'attend une fois de plus à un taux d'abstention record. Dommage, le Parlement européen est l'institution qui a le vent en poupe, qui lutte pour accroitre ses pouvoirs face à une Commission qui ressemble de plus en plus à un secrétariat du Directoire (les grands Etats membres) et un Conseil de l'Union jaloux de ses prérogatives étatiques.

Ce qui s'y joue est passionnant pourtant. Comment construit-on des majorités, comment un parlementarisme intelligent peut mener la vie dure aux Etats ? Le Parlement européen est l'honneur de la démocratie européenne. On l'ignore ou le méprise en Europe, on le craint et l'admire souvent à l'extérieur de l'Europe. Selon les rapports de force qui vont naitre de cette élection, la coloration des réglementations de la prochaine législature va changer. Et l'agenda des 5 prochaines années est dense : changement climatique, régulation et supervision financière, Europe sociale, entrée en vigueur (espérée) du Traité de Lisbonne, poursuite des élargissements, avenir des relations avec la Chine et la Russie, immigration, réforme de la PAC.... Ce sont les députés élus dimanche qui décideront de ces sujets.

On va donc regarder de près la situation de la gauche progressiste. Mal en point en Europe, va-t-elle limiter les dégâts ? La droite n'est pas en reste. Les vrais conservateurs ne veulent plus suivre les héritiers d'une démocratie-chrétienne plus modérée et plus europhile. Conservateurs britanniques, tchèques et polonais vont donc créer leur propre groupe. Les Verts, eux, pourraient sortir renforcés. En Grèce, en Belgique, ils progressent dans les sondages. La France va probablement une nouvelle fois se distinguer en envoyant des représentants d'une gauche radicale qui n'existe pas dans beaucoup d'autres pays européens. C'est une curiosité pour nombre de nos concitoyens européens. Intérêt aussi chez les libéraux.
On avait l'habitude de dire que le libéralisme à l'européenne, dont se réclame par exemple le Modem, c'est être à droite sur les questions économiques et à gauche sur les questions sociales. Mais la crise est passée par là, et le revirement est sensible. Maintenant il semblerait, à écouter certains responsables centristes européens (et français) que le centre c'est être à droite sur les questions sociales et à gauche sur les questions économiques.

Cette élection est donc primordiale. A Bruxelles, les acteurs traditionnels de la scène européenne : médias, groupes de pression, Etats tiers, ONG, représentants des Etats membres attendent avec impatience le verdict des urnes. Jamais une consultation électorale européenne n'aura eu un tel écho.

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