Islande, 28ème membre de l'UE?

Publié le par Hughes Beaudouin

L’Islande vient d’engager un débat au parlement national, l’Alþingi, en vue d’une éventuelle adhésion à l’UE. Voilà 30 ans que le débat européen agite ce petit pays de 300000 habitants. Avec toujours une majorité d’Islandais penchant pour un non définitif à cette Europe bruxelloise synonyme d’abandons de souveraineté. Et vint la crise, la plus dure, la plus inattendue pour beaucoup d’Islandais. Pays le plus pauvre d’Europe à la veille de la seconde guerre mondiale, l’Islande en est devenue l’un des plus riches. Mais il ne faut pas se tromper sur les raisons de ce soudain revirement. Beaucoup de commentateurs, ignorant le contexte islandais, y voient la conversion enthousiaste d’un peuple. Il n’en est rien. Il n’y a aucun élan europhile en Islande. La perspective d’une adhésion ne semble être à ce stade qu’un moyen d’éviter la dérive à cette île qui cultive son isolationnisme comme une marque consubstantielle de son identité. Si l’Islande pouvait adopter l’euro sans intégrer l’UE, elle le ferait. Car presque toutes les politiques communautaires, PAC, pêche, politique régionale font l’effet de repoussoir de Reykjavik à Neskaupstað. C’est le bouclier protecteur de la monnaie unique qui séduit, tout le reste ne cesse de susciter énormément de polémiques. L’affaire n’est pas jouée car la première ministre social-démocrate, Johanna Sigurðardottir, doit aller chercher les voix d’une partie de l’opposition conservatrice – sévèrement battue dans les urnes fin avril – pour obtenir une majorité à l’Alþingi. L’idée étant de pouvoir présenter la candidature fin juillet et obtenir un aval au sommet de décembre 2009, sous présidence suédoise. Une présidence qui arrive à point pour l’Islande. Après, on ne sait pas. Tout dépend de l’adoption ou non du Traité de Lisbonne, plusieurs pays ne souhaitant pas de poursuite des élargissements tant que le Traité de Lisbonne n’est pas adopté. Mais pour l’Islande, qui sera immédiatement un contributeur net et qui a déjà adopté plus de 70% de l’acquis communautaire, les négociations pourraient être rapides. Si et seulement si un compromis est possible sur la pêche et l’agriculture. On suivra ici régulièrement l’évolution de cette candidature et les choix politiques et économiques que l’Islande va opérer. L’économie islandaise, c’est un peu l’archétype de ce qu’il ne fallait pas faire, l’exemple de la financiarisation à outrance d’un système. Les prochains mois et les solutions adoptés pour sortir de la crise seront riches d’enseignement pour l’Europe des 27.

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