Russie-Géorgie : humour et tragédie

Publié le par Hughes Beaudouin

Au moment même,  lundi dernier, où le sommet européen consacré au conflit géorgien se réunissait, à quelques pas de là, un débat était organisé par le think tank américain German Marshall Fund. Autour de la table, le représentant russe auprès de l'UE, le ministre géorgien de la Réintégration, le ministre polonais des Affaires Etrangères, un officiel américain de haut rang ainsi qu'un éminent parlementaire allemand. Atmosphère tendue, le Russe et le Géorgien ne sont séparés que par le modérateur des débats. Pas un regard, pas une poignée de mains, chaque mot, chaque geste des deux "ennemis" est scruté par une audience venue très nombreuse. L'actualité est là en ce lundi matin. La complicité entre l'Américain et le Polonais est patente : on échange des sourires et des accolades fort cordiales. L'Allemand semble embarrassé, se fâcher  avec la Russie est risqué mais  en même temps Angela Merkel n'a pas mâché ses mots pour condamner l'intervention militaire. Le Russe et le Géorgien s'entendent mais s'écoutent à peine : chacun expose sans surprise l'argumentaire de son gouvernement. Le ministre polonais Radoslaw Sikorski tente un réchauffement de l'atmosphère, interpellant le diplomate russe : "je vais vous rappeler cette blague qui circulait à Varsovie du temps de l'Union Soviétique : vous savez ce qu'est une frontière sûre d'un point de vue russe? Et bien c'est une frontière où il y a des soldats russes des deux côtés !" Eclat de rire dans l'assemblée, le Russe reste placide et tente une défense maladroite dans un parfait anglais : "Vous devez comprendre que l'une des fonctions essentielles de mon gouvernement est de défendre les citoyens russes en danger, où qu'ils soient". Le ministre géorgien visiblement hors de lui s'énerve : "Alors dites moi pourquoi l'Armée Rouge ne va pas défendre en Israel les citoyens russes qui sont bombardés par le Hezbollah?. Dans la salle, on entend les mouches voler....
Au premier, un homme d'un certain âge, de petite taille, fine moustache, prend la parole. Peu le reconnaissent. Ce sera pourtant là le seul moment d'émotion de ce débat qui n'en est finalement pas un. Il s'agit du professeur Vytautas Landsbergis, père de l'indépendance retrouvée de la Lituanie, président de cette république balte de 1990 à 1992. En quelques mots, il évoque quelques souvenirs datant de l'occupation de son pays par les Soviétiques et s'interroge : la politique étrangère de la Russie a-t-elle fondamentalement changé? On sent les craintes sincères d'un homme respecté de tous.
Le débat s'achève, chacun s'en va répondre aux interviews nombreuses des journalistes. Ne reste dans la salle, seul, que le ministre géorgien...

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