Hughes Beaudouin

Bruxelles est devenu un centre de pouvoir et d’influence incontournable.

Au quotidien, je suis pour LCI cette actualité européenne faite de grandes et petites décisions. Je vous propose ici de raconter les coulisses de ce « village européen ». Ses anecdotes, ses méandres, ses intrigues, ses contradictions, ses velléités et aussi parfois ses égarements.

 

Damien Givelet
Valérie Expert
Audrey Crespo-Mara et JF Rabilloud
Cédric Ingrand
Pascal Boulanger
Hughes Beaudouin


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Mercredi 18 novembre 2009
"Ceux qui parlent ne savent rien, et ceux qui savent ne parlent pas"... Cet adage popularisé en son temps par Bernadette Chirac est d'une brûlante actualité appliquée aux négociations en cours sur le choix des "top jobs" de l'Union européenne. Les rumeurs enflent chaque jour, se dégonflent dès le lendemain et d'autres apparaissent. Aucune info ou presque ne filtre, les Suédois qui président l'Union jusqu'au 31 décembre cultive un suspense sans précédent, ne laissant échapper à dose homéopathique que quelques infos immédiatement analysées et souvent surinterprétées. Le ministre des affaires étrangères suédois va-t-il déjeuner dans une pizzeria qu'immédiatement on spécule sur la chance du candidat italien. La ministre des affaires européennes s'exprime-t-elle en français, qu'on se dit que les candidats francophones ont leur chance... Un jour, ce sont les Polonais qui laissent dire qu'ils ne se laisseront pas dicter un choix par le directoire franco-allemand, suivis des Espagnols qui auraient exigé qu'un des postes leur revienne. Et c'est là que le nom de l'ancien premier ministre José Maria Aznar réapparait. Etrangement soutenu par le président du parlement européen. A quelques heures du sommet dînatoire, la situation est plutôt confuse. "It's a complete mess" s'est écriée en début de semaine Cecilia Malmström, la ministre suédoise des affaires européennes. Comprenez, "c'est le bazar le plus complet". Une seule certitude, une vingtaine de noms circulent pour les deux postes. Seuls 6 ou 7 sont connus et encore, sans confirmation en général des intéressés.

Le Benelux en vedette
Alors qu'aucun candidat à la présidence de l'Union ou à la fonction de Haut représentant ne semble se détacher, Herman Van Rompuy semble toujours le favori pour la présidence, même s'il a perdu quelques points après s'être exprimé en faveur d'une fiscalité verte européenne lors d'un déjeuner du cercle de Bilderberg. Un cénacle très chic et très discret réunissant hommes politiques, d'affaires, journalistes triés sur le volet. Immédiatement, la presse britannique, Daily Telegraph en tête, a lancé l'offensive anti-belge. Jean-Claude Juncker, le premier ministre du Luxembourg, semble avoir de nouveau les faveurs de l'Allemagne après une déclaration de soutien du président du Bundestag. Très probablement autorisé par Angela Merkel. Les Britanniques continuent de soutenir Tony Blair faisant mine d'ignorer qu'il n'a quasiment plus aucune chance. En coulisses, les diplomates britanniques s'activent, cajolent les journalistes, exercent un lobbying d'enfer auprès de certaines agences de presse. A Bruxelles, les journalistes britanniques tiennent le même discours : Blair est le meilleur candidat, c'est lui qui sera capable de donner un visage à l'Europe. "Oui mais quel visage !" rétorquent unanimes Belges, Luxembourgeois et Néerlandais qui eux ont chacun leur candidat. Le Benelux tient la vedette. Petits pays, mais pays fondateurs qui participent à toutes les politiques européennes. Leur brevet d'européanité est quasi incontestable. Mais bon, leurs candidats sont un peu ternes, peu connus hors d'Europe... et surtout un peu trop "masculins".

Où sont les femmes
Car depuis quelques jours, les femmes européennes se révoltent. Alors que tout le monde parle d'équilibre, nord/sud, est/ouest, gauche/droite, petit/grand, il en est qui ne semble vraiment plus une priorité, l'équilibre homme/femme. Alors que la Commission européenne est en phase de renouvellement, il apparait que seules 4 candidatures de femmes ont été à ce jour présentées. La Commission sortante en compte 8. La régression est patente. Alors en deux jours c'est une véritable offensive qui a été lancée pour appeler les Etats à soutenir des candidatures féminines. Issues de la plupart des groupes politiques du parlement européen, des députées ont manifesté ce mercredi, habillées en homme, portant cravatte, pour dénoncer cette Europe masculine. Et on sent que les diplomates européens sont embarrassés. ils semblent hésiter. Et pourtant des candidates, il y en a, Et une particulièrement, qui ne manque pas de bravoure. l'ancienne présidente de la Lettonie, Vaira Vike Freiberga est candidate déclarée.
Voilà une femme qui détonne dans le paysage politique européen. Alors que les hommes n'osent se déclarer et que certains et qu'une opacité complète couvre des négociations secrètes, voilà une femme qui assume son ambition. N'hésite pas accorder des interviews, à dénoncer les pratiques politiques moyennageuses des dirigeants européens. Alors c'est le buzz depuis le début de la semaine. Au grand dam des autres "candidats" qui ne savent pas comment riposter. La nomination d'un premier président de l'Union européenne devait offrir au monde un nouveau visage de cette vieille Europe et l'affaire tourne au ridicule. "Même l'élection d'un pape est plus transparente" lance excédé un diplomate suédois, habitué dans son pays à plus de transparence.

Mais que pense Paris?
Alors, état des lieux à quelques heures de l'échéance ? Le poste de président de l'Union ira probablement à un homme de droite... ou une femme et le Haut Représentant sera un social démocrate. Qu'il n'y aura probablement pas de Français, car Paris n'a présenté aucun candidat. Même si depuis mardi circule la rumeur d'une nomination d'Elisabeth Guigou au poste de haut représentant. On résoudrait du même coup le quadruple critère : femme, expérimentée, socialiste et issue d'un pays fondateur. Mais personne, vraiment personne ,de l'Elysée à Matignon n'a donné le moindre crédit à cette information. Encore une rumeur...D'ailleurs la position de la  France intrigue. Chacun est bien conscient que rien ne sera décidé sans son accord, Certes, les nominations seront votées à la majorité qualifiée. Mais personne n'imagine que les principaux dirigeants de l'Union puissent être nommés sans l'aval de Paris. Cette fois ci la France n'a pas de candidat déclarée et est devenue soudainement très discrète depuis que son soutien à Tony Blair n'a servi strictement à rien. Une simple note des dirigeants du Benelux a suffi à discréditer la candidature de l'ancien premier ministre britannique. Ca rend modeste... Depuis Paris souffle le chaud et le froid. Laissant entrevoir un soutien au premier ministre belge, mais deux jours après n'excluant pas de soutenir le premier ministre luxembourgeois. Autre signe, la candidature de la francophone Vike-Freiberga - une amie de l'ancien président Chirac - est ouvertement soutenue et orchestrée par un think tank français, proche du Quai d'Orsay. Une coincidence ? L''Elysée en tout cas ne veut pas apparaitre dans le camp des perdants. Réponse ce soir jeudi, tard, peut être très tard. Le protocole du conseil européen a tout de même pris toutes ses dispositions au cas où. Petit déjeuner et même déjeuner pour vendredi ont été prévus...
Par Hughes Beaudouin
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Samedi 7 novembre 2009
On savait la Commission européenne complètement convertie aux OGM. Cela ne date pas d'hier. l'exécutif Barroso 1 en a même fait une priorité, en dépit de résistances internes, notamment celle de son commissaire à l'Environnement, le grec Stavros Dimas. S'appuyant régulièrement sur des arguments fallacieux, maniant la langue de bois avec un certain art, faisant semblant d'attacher de l'intérêt au débat public, usant de procédures juridiques avec un talent rarement atteint, elle arrive progressivement à réaliser ses objectifs : imposer les ogm faisant fi des doutes exprimés par l'opinion publique et scientifique. Dernier exemple de ce cynisme, l'autorisation de commercialisation de 3 OGM validée il y a quelques jours par l'éxécutif européen. Les circonstances de cette autorisation sont elles mêmes éloquentes et révèlent un état d'esprit pour le moins contestable. Il s'agit de 3 types de maïs ogm produits par Monsanto, le Mon 89034 et 88017, et par Pioneer Overseas Corporation, le 59122xNK603, Ils ont été validés de façon plutôt cavalière par la Commission, d'autant que tous les trois posent un certain nombre de questions du point de vue sanitaire.

Les parlementaires européens méprisés
D'abord la date. Le mandat de l'actuelle Commission européenne venait à échéance le 31 octobre. Depuis ce jour, elle est en "affaires courantes" dans l'attente de la formation d'une nouvelle Commission sous les règles du Traité de Lisbonne. Et bien, c'est au dernier jour de ce mandat que la signature a été apposée sur la demande d'autorisation. Considérant probablement  qu'autoriser des ogm contestés relève des "affaires courantes". Comme un pied de nez aux Etats membres et au Parlement européen qui ont émis de nombreuses interrogations sur ces OGM. Le 31 octobre, c'était aussi le deuxième jour d'un sommet européen crucial qui devait trancher sur des sujets importants : changement climatique, immigration, Traité de Lisbonne. De fait toute l'attention des médias et des dirigeants européens ce jour là était plutôt portée sur le sommet et pas sur la Commission. Laquelle en a profité, presque incognito, pour prendre cette décision majeure et en informer la presse par mail le vendredi soir, aussi discrètement que possible. Enfin, dernier point sur la forme. La Commission a méprisé sans vergogne le rôle du Parlement européen. Tenu de lui demander son avis selon la règle du "droit de regard", la Commission n'a pas trouvé mieux que de saisir le Parlement européen le 31 juillet pour réponse le 24 août. En plein milieu de l'été, alors que l'institution parlementaire élue en juin n'avait pas encore achevé sa constitution. Belle preuve de respect pour les eurodéputés ! Voilà pour la forme mais sur le fond aussi, cette autorisation pose problème. 

Risques sanitaires
Ces 3 ogm sont susceptibles de poser un certain nombre de risques sanitaires. Le Mon 89034 qui contient (les scientifiques préfèrent le terme "exprimer") deux protéïnes insecticides, a été soumis au test obligatoire de 90 jours et a provoqué des problèmes rénaux chez deux rats femelles et la mort d'un rat mâle au bout  de 14 jours. Les tests n'ont pas été prolongés en dépit de ces résultats. L'autre ogm de Monsanto, le 88017 résiste quant à lui à l'herbicide Roundup et produit lui aussi un insecticide contre les coléoptères. Idem pour le 59122xNK603. Les tests ont été réalisés séparément sur le 59122 et le NK603, pas sur l'alliance des deux, alors même que des effets négatifs ont été constatés sur un sexe. Mais pour la Commission, pas de quoi s'émouvoir et solliciter éventuellement des expertises supplémentaires. Le coup de grâce aurait pu venir des Etats membres car un Conseil des ministres de l'agriculture devait trancher la question fin octobre. Mais ils se sont révélés incapables de trancher, pas de majorité qualifiée ni pour ni contre. Comme souvent d'ailleurs sur les OGM, la question divisant les Etats depuis de nombreuses années.

Procédure ubuesque
En l'occurrence cette incapacité à trancher dans un sens ou un autre a servi la Commission. Les procédures communautaires stipulant qu'en l'absence de décision des Etats, la Commission est compétente pour prendre elle même cette décision dans le sens qu'elle souhaite et au moment où elle le souhaite. Et il faut reconnaitre qu'elle n'a pas tardé. On a connu la Commission plus lente en d'autres circonstances. Car le vote des ministres est intervenu le 20 octobre et dix jours plus tard, José Manuel Barroso a validé la demande d'autorisation. Quelle diligence ! Rappelons que lors de l'irruption de la crise financière à l'automne 2008, l'exécutif européen a laissé passer plusieurs semaines avant de réagir... et pourtant il y avait urgence.
Peut être  faudrait-il recommander au président Barroso de créer un poste de Commissaire européen au "principe de précaution"...
Par Hughes Beaudouin
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Mardi 3 novembre 2009

Vendredi 30 octobre, 14h00. Fin du conseil européen. Les chefs d'Etat et de gouvernement quittent les uns après les autres l'austère siège du Conseil, après pour la plupart s'être livré au traditionnel exercice de la conférence de presse. Herman Van Rompuy, le premier ministre belge est de ceux là. Il se dirige vers un ascenseur, mais un agent d'entretien, en plein travail, oblige bien involontairement le Premier (c'est ainsi qu'on appelle familièrement le chef du gouvernement belge) à attendre l'ascenseur suivant. Aucun signe d'agacement, bien au contraire, un sourire et un mot gentil pour saluer l'agent. Voilà Herman Van Rompuy, un homme modeste, qu'on peut saluer simplement dans la rue. L'homme préfère son "chez lui" aux dîners en ville. C'est la modestie faite premier ministre d'un des pays les plus difficilement gouvernables d'Europe. Et c'est peut être pourquoi depuis quelques semaines son nom circule pour occuper la fonction de premier président stable du conseil européen.
Depuis que la candidature de Tony Blair, qui semblait tout désigné pour le poste, a été sabordée par plusieurs dirigeants européens, les 27 sont à la recherche de la perle rare. Si l'on devait rédiger l'offre d'emploi, on verrait vite que le profil ne court pas les rues. Ancien chef d'Etat ou de gouvernement, issu d'un pays qui participe à l'ensemble des politiques européennes. Patient, rompu aux négociations nocturnes, habile diplomate, connu et reconnu par les grands de ce monde. Conservateur modéré, europhile sans être fédéraliste, il ne doit pas faire d'ombre à Nicolas Sarkozy et à Angela Merkel et doit tout à la fois donner la place qu'ils méritent aux dirigeants des petits Etats. On pourra ajouter qu'il doit être polyglotte ou tout au moins maîtriser l'anglais et le français.
Les "chasseurs de tête" de la diplomatie européenne ne s'y sont pas trompés. A quelques centaines de mètres du 175 rue de la Loi, siège du Conseil,  il y a le 16 rue de la Loi, bureau du premier ministre belge. Rappelons nous, en décembre 2008, entre Noël et le le jour de l'an, la Belgique se cherche une nouvelle fois un premier ministre. Le pays traverse une nouvelle crise institutionnelle, Yves Leterme a démissionné, il n'est vraiment pas l'homme de la situation. Herman Van Rompuy, sage parmi les sages, président de la Chambre, semble tout désigné pour recoller les morceaux. Conservateur modéré, bruxellois flamand, issu d'une grande famille de "vrais" Belges, francophone et francophile, il est sollicité par tous mais refuse. A 63 ans, l'homme veut achever sa carrière politique tranquillement. Mais le Roi Albert II insiste, le supplie probablement. Et Herman cède.
Depuis, la Belgique semble avoir retrouvé une certaine sérénité. Il faut dire que la crise économique occupe plus les esprits que le conflit institutionnel. Chacun accepte cet homme qui semble être la dernière solution pour pacifier les relations entre Flamands Bruxellois et Wallons. Certains le disent terne, effacé, sans charisme. Peut être.. mais sa rigueur, sa simplicité ne font aucun doute. Et l'homme n'est pas dénué d'humour et de culture. Jeudi 29 octobre, alors qu'il présente avec ses homologues espagnol et hongrois le logo commun des 3 futurs présidences européennes, il déclame un haiku, dont il est très amateur ("Drie golven rollen. Samen de haven binnen. Het trio is thuis") et se lance dans un récit historique à la "Alain Decaux" sur ce qui rapproche ces 3 pays. C'était osé, il l'a fait... Alors voilà pourquoi, faute de mieux diront certains, les diplomates européens ont pensé à cet homme pour diriger le conseil européen pendant 30 mois (mandat renouvelable une fois).
On se dirigerait donc vers une présidence modeste, ce qui ne correspond pas tout à fait aux projets des initiateurs du Traité de Lisbonne. Herman Van Rompuy entre Barack Obama, Hu Jintao et Dimitri Medvedev, effectivement ça peut fragiliser la position européenne alors que le Traité de Lisbonne a pour objectif d'imposer l'Europe comme véritable interlocuteur sur la scène internationale.

Mais les Belges laisseront-ils le locataire du "16" remonter la rue jusqu'au 175? Rien n'est moins sûr. Certes depuis que le nom du Premier circule, les sujets d'Albert II se disent fiers et honorés. Mais qui mettre à sa place? Avec humour un diplomate européen remarquait à l'issue du sommet européen qu'il faudrait peut être organiser un conseil européen extraordinaire pour trouver un premier ministre à la Belgique.  Car pour l'instant, Herman Van Rompuy semble irremplaçable. Les Belges doivent trouver une solution d'ici le printemps sur l'avenir institutionnel du fameux BHV. Le BHV, c'est cet arrondissement qui comprend la région de Bruxelles Capitale et quelques cantons flamands où réside une importante minorité francophone. Si cet arrondissement devait être scindé, les populations francophones perdrait un statut dérogatoire particulier. Un casus belli pour les francophones. Pour l'instant, le modéré Herman Van Rompuy a réussi à calmer le jeu. La plupart des autres responsables politiques flamands, notamment parmi les plus jeunes, sont une ligne plus combattive. D'où l'intérêt des Belges de garder leur Herman aussi longtemps que possible.

Par Hughes Beaudouin
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Lundi 21 septembre 2009

« C’est une météorite. Elle s’est marginalisée d’elle-même dans le groupe ». Le propos de ce député européen UMP à l’encontre de sa collègue Rachida Dati est sévère. Et rejoint ce que la plupart des autres eurodéputés pensent, sans parfois oser le dire. Ses absences répétées des réunions du groupe UMP, le sentiment qu’elle donne d’être toujours « ailleurs » même quand elle est là, ont marginalisé l’ancienne garde des sceaux. "Elle a son propre agenda et de toute évidence, il n'a pas grand chose à voir avec l'Europe" explique malicieux un de ses collègues UMP. Déjà en juillet, lors de la rentrée solennelle du parlement européen, ses collègues UMP s’étaient amusés du coup de téléphone reçu d’un collaborateur de Rachida Dati leur conseillant « de lui transmettre systématiquement tous les dossiers médiatiques ». On en rit encore dans les couloirs du parlement...
A la Représentation permanente de la France, on s'était ému également que l'ancienne ministre début juillet fasse état de documents internes, obtenus grâce à des contacts personnels.

Mais c’est à la session plénière de septembre que la nouvelle eurodéputée a probablement franchi la ligne jaune, suscitant l’exaspération de nombre de ses collègues, français et européens. Il s’agit alors d’attribuer un rapport sensible sur les hedge funds à un eurodéputé conservateur. Il y a plusieurs candidats, difficiles à départager. Jean-Paul Gauzès, député européen français UMP depuis 2004, ancien banquier et fin connaisseur du dossier, propose alors afin de mettre tout le monde d’accord et d’occuper lui même la fonction. Il s’engage à créer dans la foulée un groupe de travail réunissant tous les députés intéressés. Approbation générale. C’est alors que Rachida Dati se lève, et accuse Jean-Paul Gauzès de se comporter comme un « dictateur autocrate » et elle vote contre. Seule. L’assemblée effarée n’en revient pas. Les eurodéputés allemands se demandent ce qui se passe dans le groupe UMP. Selon un autre député, Rachida Dati menace de faire intervenir l’Elysée. « Là, c’est la gaffe de trop » remarque un député allemand. Quelques minutes après cette séance houleuse, les députés se lâchent : « Il y a ici des dizaines d’anciens ministres, d’anciens premier ministres et même d’ex Chefs d’Etat. On acquiert ici le respect par son travail, pas par ses anciens titres ou le nombre de caméras qui vous suivent ». Astrid Lulling, députée luxembourgeoise est furieuse : « Je n’ai jamais vu ça. Ici on travaille, on fait pas du show pour des émissions people ». Référence aux nombreuses caméras qui suivent régulièrement Rachida Dati dans l’enceinte du Parlement.
Pour sauver la face, Rachida Dati affirme le lendemain qu’elle a obtenue d’être rapporteur sur un autre sujet : le GMES ou pour faire simple les technologies d’observation de la Terre par satellite. Pas tout à fait vrai, elle n’a été chargée en fait que de suivre le dossier pour le groupe des droites européennes. Ce sont deux eurodéputés socialistes, allemand et italien, qui ont en fait été désignés rapporteurs. L’apprentissage du parlementarisme à l’européenne est apparemment plus compliqué que prévu…

Par Hughes Beaudouin
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Jeudi 17 septembre 2009
La scène se déroule à 17h30 ce mercredi 16 septembre dans l'enceinte du Parlement européen à Strasbourg. Le président de la Commission vient d'être confortablement réélu, avec notamment des voix socialistes. Pendant toute l'après midi les parlementaires européens, connus ou inconnus, ont fait part de leur réaction aux chaines de tv européenne qui ont installé leur équipements à quelques mètres de l'hémicycle. C'est le tour de l'allemand Martin Schultz, président du groupe socialiste au parlement européen. Ereinté après des dizaines d'interviews et surtout d'interminables réunions où il a tenté de négocier une position commune des socialistes européens sur la reconduction de Barroso, il se prépare à répondre à de nouvelles questions. Quelques instants avant l'interview, Martin Schultz fait quelques essais de voix. En général, les interviewés émettent alors quelques banalités, genre "1, 2, 3, il fait beau, je m'appelle X". Par précaution, ignorant s'ils sont enregistrés ou pas. Mieux vaut éviter de se retrouver dans le bêtisier de fin d'année ou sur Youtube dans la demi heure qui suit. Mais là Martin Schultz pourtant un habitué des médias audiovisuels, déroge à la règle. Et lance, glacial, la tirade suivante, dans un excellent français, regardant droit la caméra et sans la moindre once d'humour : "Les socialistes français, c'est comme les pigeons de la cathédrale. Quand ils sont en haut, ils vous ch.. sur la gueule, et quand ils sont en bas il vous bouffent dans la main !". A quelques mètres de là, la présidente de la délégation des eurodéputés socialistes français, répond à une interview pour une télé française. Martin Schultz ne pouvait pas ne pas l'avoir vu.... Rappelons que les socialistes français, opposants acharnés à la reconduction de Barroso, avaient bataillé durement les jours précédents pour convaincre leurs "camarades" européens de voter non. Voilà, c'était la minute " bienvenue en fraternité socialiste européenne".

Précision de Monsieur Martin Schultz. Le président du groupe de_l'Alliance progressiste des Socialistes et Démocrates au Parlement européen tient à démentir avec la plus grande fermeté la version décrite dans le texte qui précède. Monsieur Martin Schultz affirme ne pas avoir visé les socialistes français. Les collaborateurs de Martin Schultz apportent comme preuve pour étayer leur thèse un enregistrement vidéo. On y voit effectivement le président du groupe S&D prononcer la phrase incriminée sans le qualificatif "français".

Dans cet extrait vidéo, filmé le 16 septembre à 16h30 et transmis par la chaîne Euronews au groupe socialiste, Martin Schultz prononce la phrase suivante au moment où on l'invite à faire un essai de voix : "Bonjour messieurs, dames. Je suis Martin Schulz, président du groupe socialiste. Je suis un socialiste typique. Je promets tout et je ne tiens rien. (...) Les socialistes sont comme les pigeons de la cathédrale de Strasbourg. S'ils sont en haut ils chient sur toi, s'ils sont en bas ils mangent dans la main."

Le bureau de Martin Schultz apporte donc la précision suivante : "La scène décrite ne correspond pas à la réalité. On voit bien, lors de cet essai technique, que Martin Schulz pratique l'autodérision. Quant à la plaisanterie sur les pigeons, non seulement elle ne vise pas les socialistes français mais en outre elle n'a pas de contenu vulgaire".

Note de l'auteur du blog. Cette scène n'est pas celle qui fait l'objet du récit mis en ligne le 17 septembre. Le récit est donc maintenu dans son intégralité. Il y a divergence sur l’heure à laquelle les propos qui font l’objet de ce post ont été prononcés. L’extrait d’Euronews a été, semble-t-il, enregistré à 16h30 alors que la scène décrite ci-dessus se situe après 17h00, l’auteur du post et les autres témoins de la scène n’étant pas présents sur les lieux avant 17h00.

Par ailleurs, si la première phrase de l’essai technique avait été entendue ("Je suis un
socialiste typique, je promets tout et ne tiens rien"), elle aurait été sans aucun doute commentée car même dite avec humour, elle n’aurait pas échappé à l’attention de l’auteur de ce blog. Enfin, dans la phrase entendue, "Strasbourg" n’a pas été prononcé alors que Martin Schultz y fait spécifiquement référence dans l’enregistrement d’Euronews.

Dans un premier temps, l'équipe de Martin Schultz n'a pas démenti les propos rapportés, se limitant à préciser qu'il fallait les comprendre comme de l'humour "rhénan". Le bureau de Martin Schultz avait indiqué qu'un commentaire en ce sens serait ajouté au bas du post en signe d'apaisement. Ce qui n'a pas été fait. Un démenti est arrivé le mardi 23 septembre après l'obtention d'un extrait vidéo.

Ceci étant dit nous voulons bien admettre que tous ces propos ont été prononcés sans volonté de nuire, et avec humour, plusieurs sources nous ayant indiqué que Martin Schultz était assez familier de ce type de boutades.
Par Hughes Beaudouin
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Jeudi 17 septembre 2009
Cela se passe dans le bureau du Président du Parlement européen il y a quelques jours. Lors d'une de ces rituelles réunions de cabinet. Le Polonais Jerzy Buzek, tout nouveau président du parlement, est encore dans l'apprentissage de ses nouvelles fonctions. Beaucoup de visites protocolaires, beaucoup de serrages de mains, pas mal de voyages. Il faut concilier toutes ces obligations, un vrai travai d'orfèvre pour l'équipe des conseillers. C'est alors que plusieurs d'entre eux mettent sur la table une proposition, de toute évidence mûrement réfléchie : "Monsieur le Président, faites acheter un avion par le Parlement. Cela devient impossible d'organiser vos voyages". L'argument peut s'entendre. Il est effectivement compliqué d'organiser l'agenda d'un responsable politique européen qui passe une partie de la semaine entre deux aéroports . Mais en pleine crise économique, alors que les institutions européennes sont sévèrement critiquées, en manque de légitimité, qu'un referendum compliqué s'annonce en Irlande, ,les conseillers du Président Buzek ne trouvent pas mieux que de lui conseiller d'acheter un avion. Et à ce jour personne n'a encore eu le réflexe de bon sens de lui dire : non, c'est une très mauvaise idée...
Par Hughes Beaudouin
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Jeudi 25 juin 2009
"Qui? Nooon... Mais si !" Les trois mots les plus entendus en ce mercredi matin, le cénacle européen apprenant la nomination de Pierre Lellouche au secrétariat d'Etat aux affaires européennes. Nomination assez illisible et qui manque pour le moins de cohérence. Un premier signe de désintérêt pour le suivi des affaires européennes? Bruno Lemaire, en charge du dossier depuis 6 mois commençait à prendre ses marques. Sa connaissance de l'allemand a beaucoup fait pour rapprocher Paris et Berlin. A Bruxelles, on commençait à s'habituer à ce jeune ministre, qui cultive la distance avec une certaine élégance. Se faire "apprivoiser" par les Européens n'est pas tâche facile et demande du temps. Et voilà qu'on le remplace. Certes il évolue vers des fonctions dont la dimension est essentiellement européenne. L'expérience ne sera pas perdue. Mais c'est la nomination du remuant Pierre Lellouche qui pose question. Pro-atlantiste convaincu, assez allergique à tout ce qui commence par "euro" ou "eura", le tout Bruxelles se rappelle ses sorties fort peu diplomatiques sur l'inefficacité et le technocratisme de l'UE. Le profil "pro turc" du nouveau ministre suscite également moult interrogations. Certes, il suivra la ligne décidée par l'Elysée mais au jour le jour, c'est lui qui va suivre le dossier, argumenter la position française, négocier l'ouverture de nouveaux chapitres d'adhésion. On le verra à l'oeuvre très rapidement. Les négociations avec la Turquie viennent de reprendre, dans quelques jours le chapitre "fiscalité" devrait être ouvert. Bruxelles en tout cas espère que Paris n'est pas en train de renouer avec une triste tradition chiraquienne : n'attacher aucune importance au secrétariat d'Etat aux affaires européennes en nommant des ministres peu motivés pour des CDD de courte durée.
Par Hughes Beaudouin
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Lundi 22 juin 2009
Les Tchèques avaient commencé très fort leur présidence. Gaffes et autres maladresses diplomatiques. Puis ils nous ont fait rire avec la désormais célèbre exposition Entropa. Les sorties contrôlées du président eurosceptique Vaclav Klaus ont aussi donné quelques sueurs froides. Et on a eu droit à la pathétique chute du gouvernement Topolanek et l'arrivée au pouvoir du terne chef du bureau des statistiques. A un mois de la fin de la présidence, changer les titulaires de tous les postes clés et reprendre au pied levé tous les dossiers aussi techniques soient ils n'a pas effrayé le moins du monde nos amis tchèques. A tel point qu'un éminent ministre du gouvernement français me confiait il y a quelques jours "il est temps que ça se termine, je crois qu'on va craquer".

Mais ce n'était pas tout à fait la fin. Il était écrit que les Tchèques devaient finir "en beauté" pour que, vraiment, on se rappelle de leur première présidence européenne. Avant dernière gaffe mercredi dernier, la veille du sommet européen. Le site web de la présidence tchèque invite les internautes à se prononcer pour ou contre la reconduction du président de la Commission. Rien n'est moins scientifique et si peu diplomatique de la part de la présidence censée à tout le moins arrondir les angles. Les résultats ont fait frémir José Manuel Barroso : les internautes ne veulent plus de lui et ce, en trois langues. Le sondage a vite été retiré du site, sans explication, sans commentaire. Mais on imagine fort bien qu'il y a eu des explications de gravure en coulisses.

Dernière performance des autorités tchèques, c'est ce week end lors de la traditionnelle passation de pouvoirs entre les présidences. Une tradition qui ne sert pas à grand chose mais qui permet de symboliser le passage de relais. A l'oeuvre donc, l'équipe du ministre tchèque des affaires européennes et son homologue suédoise qui prend la présidence le 1er juillet. Chaque délégation est à bord d'un bâteau sur la Vltava à Prague, l'une venant à la rencontre de l'autre. Le ministre tchèque porte un fût de bière pils Prazdroj fabriqué spécialement pour l’occasion. L'idée est de le transmettre au chargé d'affaires suédois. Mais les bateaux alentours créent quelques remous aquatiques et les deux embarcations ministérielles tanguent. On imagine déjà les ministres regagner la rive à la nage, un fût de bière sous le bras. Finalement, tant bien que mal, les Tchèques transmettent le fût aux Suédois. Vive l'Europe proche des citoyens ! 
Commentaire savoureux de Stefan Füle, ministre tchèque des affaires européennes : "Nous pensons que pour que la transmission de la présidence à la Suède se fasse de manière fluide et sans choc majeur, nos collègues suédois devraient prendre des forces, au moins dans les jours à venir, en consommant de la bière tchèque ». A déguster sans modération....
Par Hughes Beaudouin
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Vendredi 19 juin 2009

En une phrase, un diplomate français pose le décor : "On a écouté Barroso présenter son programme. Puis il a quitté la salle mais on l'a quand même laissé finir son dessert" Jusqu'au bout, le président de la Commission aura dû subir l'humiliation imposée notamment par le "Directoire" des grands Etats membres. Question de lui montrer, si c'était encore nécessaire, qui sont les vrais chefs à Bruxelles. Pas déstabilisé pour un sou, José Manuel Barroso s'est déclaré à l'issue de ce pathétique entretien d'embauche "heureux". Voilà l'essentiel est fait en ce jeudi soir, jour de sommet. Le Parlement européen validera probablement cette candidature, à moins que... Mais peu importe. Pour les 27, l'objectif est atteint, le président de la Commission est leur marionnette. Il ne tient sa légitimité que d'eux et peu importe si la crédibilité de la Commission dûsse en souffrir. "Les 27 et Barroso viennent d'infliger un coup fatal à la future Commission" me déclare, amer, un haut fonctionnaire européen qui en a pourtant vu des conseils, et des présidents de Commission. Les 27 ont joué le simulacre jusqu'au bout, avec l'incroyable complicité de Barroso. Le Portugais est venu présenter son "programme" lors du diner. 2 feuillets en anglais écrits au cours de la nuit. Une litanie de bonnes résolutions, d'engagements vagues, de beaux principes sur l'ambition européenne. Quelques mots sur l'agriculture pour faire plaisir aux Français, sur la compétitivité pour faire plaisir aux Britanniques. Rien dans cette lettre sur l'élargissement, sur le développement, la Méditerranée, la libéralisation des échanges, les voisins du Sud et de l'Est. Mais rien qui ne puisse choquer les diplomates français qui ne peuvent s'empêcher d'évoquer cette lettre avec ironie. Car tout cela n'est qu'un jeu de dupes. A l'heure du déjeuner, il n'y avait qu'un porte-parole de la Commission, plus aveugle que jamais, pour faire les louanges du Président de la Commission : "vous êtes de mauvaise foi vous les journalistes. Vous savez bien que tout ce qui n'est pas dans la lettre sera quand même prioritaire pour la prochaine Commission. Notre ambition est intacte" Alea jacta est....

Par Hughes Beaudouin
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Lundi 15 juin 2009
Nommé au forceps et par défaut. Décidément, Barroso ne suscite aucun enthousiasme en Europe. C’est l’apathie de la social-démocratie européenne qui semble être à ce jour son principal atout. Réunis à Luxembourg ce lundi pour notamment préparer le sommet européen de jeudi et vendredi, les 27 ministres des Affaires étrangères ont fait le service minimum et n’ont concédé à Barroso qu’un « adoubement politique », lui refusant une « nomination légalement contraignante ». Laissant ainsi ouverte la possibilité de changer d’avis si les choses tournaient mal au Parlement européen mi-juillet .

Réticences franco-allemandes
Cette nomination qui n’en est pas une tient compte des réticences franco-allemandes. Paris et Berlin n’ont jamais « adoré » Barroso. Il n’était pas leur candidat en 2004, mais celui de Blair. C’est un moyen aussi de maintenir la pression sur le très malléable président de la Commission afin d’obtenir les postes convoités au sein du collège des commissaires. C’est aussi un signe dans la direction des parlementaires européens. Car même si la droite modérée a emporté une victoire nette et précise, elle est loin d’être majoritaire : 264 voix sur 736 (35% des sièges).

Un parcours en 3 étapes
Conformément aux procédures et au calendrier qu’il s’était fixé, le Conseil européen va probablement suivre cet avis en fin de semaine. Barroso s’est porté candidat au lendemain du scrutin européen « à la demande de la présidence tchèque du Conseil » (formule qui a bien fait sourire), ayant constaté qu’il avait bien une majorité parlementaire. Une fois ce premier set emporté, Barroso va devoir affronter le 2ème et le 3ème. Le 2ème devrait être à sa portée. Il s’agit « simplement » d’obtenir une majorité sur son nom au Parlement européen. Il a d’ores et déjà les 264 voix du Parti populaire européen et lui manque certes une centaine de voix pour atteindre une majorité de 368 parlementaires. Voix qu’il devrait pouvoir obtenir auprès des Libéraux, de certains conservateurs eurosceptiques britanniques et tchèques, s’il n’est pas trop maladroit. Il n’est pas dit non plus que certains socialistes ne lui accordent pas quelques voix. On pense notamment aux Allemands, la direction du SPD ayant apporté son soutien au Portugais. Mais c’était avant la déconfiture électorale du 7 juin.

L'épreuve des auditions parlementaires
C’est le 3ème set qui s’annonce plus problématique. Et comme le soulignait la semaine dernière un commissaire européen : « Barroso ayant un sens politique assez particulier, il est capable de ne pas être à la hauteur sur cette étape ». Il s’agira en fait de faire approuver à l’automne le collège des 26 autres commissaires par le parlement européen. Entre la mi-juillet, date de sa confirmation par l’Assemblée de Strasbourg et début novembre, à l’issue du mandat de l’actuelle commission, Barroso va devoir constituer son équipe. On se rappelle qu’en 2004 il avait fait preuve d’une incroyable arrogance et d’une absence totale de sens politique. Certains des commissaires avaient été récusés par les commissions parlementaires soit pour incompatibilité avec la fonction ou incompétence. En plein milieu de la nuit, Barroso avait dû céder pour éviter le risque de voir la totalité de la Commission rejetée par les parlementaires. Une reculade forcée qui le poursuivra tout au long de son mandat. Avec un Parlement encore plus dispersé, et des Verts requinqués, les auditions des Commissaires s'annoncent sportives.

Un exercice périlleux

C’est un exercice périlleux car le président élu de la Commission n’a pas forcément les mains libres. Ce sont les gouvernements qui lui proposent des noms, et le plus souvent un seul. Donc pas de marge de manœuvre alors que les Traités précisent bien que la discussion est possible. Ensuite il faut répartir les portefeuilles et les vice-présidences et là aussi les Etats ont leurs exigences. On ne peut pas confier tous les portefeuilles importants (concurrence, marché intérieur, commerce, agriculture, transports) à des grands Etats et en même temps on ne peut pas les éliminer complètement. C’est une discussion assez tendue qui se déroule entre les capitales et le Président. Il faut respecter plusieurs types d’équilibre : nord/sud, Est/Ouest, petits/grands, hommes/femmes… Enfin il faut respecter la diversité politique de l’Europe. Même en recul notable, la social démocratie européenne demeure une force politique majeure. Il faut donc lui confier des portefeuilles importants. Ainsi qu’aux Libéraux qui dirigent plusieurs gouvernements.

Barroso aura-t-il la volonté et la force de ne pas se faire imposer ses Commissaires ? Rien n’est moins sûr, car en un mandat Barroso a véritablement modifié la nature de sa fonction. Il est devenu une sorte d’exécutant des Etats ou de coalitions d’Etats. Il y a peu de chance qu’il se découvre soudainement héritier de Jacques Delors alors qu’il n’a eu de cesse de trahir son héritage depuis 2004.
Par Hughes Beaudouin
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