Hughes Beaudouin

Bruxelles est devenu un centre de pouvoir et d’influence incontournable.

Au quotidien, je suis pour LCI cette actualité européenne faite de grandes et petites décisions. Je vous propose ici de raconter les coulisses de ce « village européen ». Ses anecdotes, ses méandres, ses intrigues, ses contradictions, ses velléités et aussi parfois ses égarements.

 

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Hughes Beaudouin


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Jeudi 7 janvier 2010 4 07 /01 /2010 15:16

grève fonctionnaires
Il fallait s’y attendre. La Commission européenne n’avait d’autre choix que d’envoyer devant la Cour de Justice  le conseil de l’UE (c’est l’institution qui représente les Etats membres) pour contester sa décision de réduire de moitié l’augmentation de salaire promise aux fonctionnaires européens. A tous points de vue, l’affaire est embarrassante et Barroso, à peine réélu, s’en serait bien passé.  De quoi s’agit-il ? Un accord interinstitutionnel datant du début des années 70 prévoit un mécanisme automatique de réajustement des salaires des fonctionnaires et juges européens, basé sur l’inflation dans 8 Etats membres, représentant 75% du PIB européen. Ce réajustement calculé annuellement par la Commission européenne doit être validé, pour entrer en vigueur, par les Etats membres. Lesquels n’ont aucune marge de manœuvre et aucune possibilité de renégociation.

Problème cette année, alors que toute l’Europe traverse une crise sans précédent, l’augmentation proposée est de 3,7%. Inadmissible pour la plupart des capitales européennes, dont certaines ont dû baisser les salaires de leurs fonctionnaires et d’autres imposer des gels de salaires. Comment expliquer alors aux opinions publiques que les fonctionnaires les mieux payés d’Europe puissent s’octroyer une telle augmentation ? Rappelons que les salaires mensuels de base des 50000 fonctionnaires européens ne sont jamais inférieurs à 2500 euros et que certainsp d’entre eux bénéficient de rémunérations pouvant aller jusqu’à 17000 euros. Hors primes diverses.


Pendant des semaines, les Etats membres ont tenté de trouver une solution. Mais les représentants syndicaux des fonctionnaires européens sont restés inflexibles : pas question de renoncer à ce qui leur est dû. La Commission s’abrite elle derrière l’accord :  si le système de calcul est mauvais, il faut le changer. C’est de la responsabilité des Etats ; Mais en attendant il faut le respecter.

Fin décembre, les 27 ont fini par se mettre d’accord et voter une augmentation de 1,8%, soit la moitié de ce qui était prévu. Un compromis qui n’en a que le nom, car il viole l’accord interinstitutionnel. Gardienne des traités, la Commission européenne n’avait donc d’autre choix que d’envoyer les 27 devant la justice européenne.


Ironie de l’affaire, les juges européens qui vont avoir à trancher cette affaire sont eux-mêmes concernés par le réajustement salarial. Pour mémoire, leur rémunération mensuelle est de 17000 euros. Leur décision ne fait aucun doute, ils rétabliront probablement l’augmentation prévue.

Mais pour les capitales européennes, l’honneur est sauf. Les chefs d’Etat pourront toujours arguer devant leurs opinions publiques qu’ils ont tout fait pour s’opposer à cette mesure mais qu’ils ont dû plier devant le juge européen.  

Cette affaire acadabrantesque pourrait connaître de nouveaux remous dès lundi prochain car les fonctionnaires du Parlement européen, également concernés, exigent maintenant que l’institution parlementaire s’associent à leur plainte. Et menacent de bloquer la semaine prochaine le déroulement des auditions des futurs commissaires européens. Un joli pataquès en perspective….

Par Hughes Beaudouin
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Mercredi 2 décembre 2009 3 02 /12 /2009 09:18
Les Britanniques sont furieux. Une semaine après la nomination de Michel Barnier au poste de commissaire européen au marché intérieur et aux services financiers, la couleuvre ne passe toujours pas. Ce poste là, éminemment convoité et transversal consiste à la réalisation effective d'un véritable marché intérieur européen, qui passe par les quatre principes fondateurs de l'Union : liberté de circulation des services, des capitaux, des biens et des personnes. Ce portefeuille, les Français ne l'ont jamais eu et c'est au moment où il devient encore plus stratégique qu'ils le décrochent. Avec la crise financière, les Européens se sont en effet engagés dans un vaste mouvement de régulation des marchés financiers, à rebours de l'idéologique qui dominait à Bruxelles depuis de longues années. Dans ce processus entamé à l'automne 2008, les Français ont été à la manoeuvre de façon très visible : d'abord sous présidence française, Nicolas Sarkozy a placé l'UE en première ligne pour amener la communauté internationale à accepter plus de régulation et de supervision du système financier et bancaire. Puis Jacques de Larosière, ancien patron du FMI. C'est lui qui à la tête d'un comité d'experts a tracé les grandes lignes du système européen de supervision. Enfin Christine Lagarde, élue "meilleure ministre des finances de l'Europe" par le Financial Times joue les "go between" de luxe pour concilier les points de vue américains et européens. Restait à placer un pion au sein même de la Commission européenne, dominée par des libéraux dont la régulation n'est pas forcément la tasse de thé. Voilà qui est fait avec la nomination de Michel Barnier, le "Régulateur" ainsi que l'appellent les Européens sans sourire.
Les Britanniques ont bataillé en coulisses pendant des semaines pour qu'au moins soit soustrait de son portefeuille la direction des services financiers. En vain. Nicolas Sarkozy, en déplacement au Brésil la semaine dernière, a pris le temps pour appeler son "ami" Barroso. La conversation fut franche et directe dit-on. Pas question pour Paris de laisser passer ce poste sur lequel la France a tout misé. En soutenant Barroso pour sa reconduction, en appuyant  sans réserve une Britannique pour le poste de Haut Représentant aux Affaires Etrangères et en ne présentant aucun candidat français à ces postes clés, Paris visait en fait une seule fonction : le portefeuille du marché intérieur. Barroso a cédé, au grand dam des Britanniques qui ne satisfont pas de la nomination aux côtés de Michel Barnier d'un directeur général britannique. Depuis, les Français s'évertuent à les rassurer. Christine Lagarde a confirmé mardi soir à Bruxelles que le président Sarkozy irait lui même à Londres dans quelques jours donner des assurances sur les intentions françaises. Louable démarche mais étrange tout de même. Ne serait-ce pas au président Barroso de le faire? Quant à Christine Lagarde qui croisera son homologue britannique ce mercredi à Bruxelles lors d'un conseil Ecofin, elle a opté pour la "french touch" pour amadouer les Britanniques. Elle remettra à son collègue Alistair Darling un coffret de macarons Ladurée. On espère qu'elle aura préféré le parfum "fruits moelleux" à celui de "menthe glaciale".
Par Hughes Beaudouin
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Mardi 24 novembre 2009 2 24 /11 /2009 22:32
Cela aurait pu tout aussi bien être Jean-Claude Juncker. Et ce fut Herman Van Rompuy. Quelques heures à peine avant le début du sommet, le premier ministre suédois, président en exercice du Conseil, souhaitait présenter deux noms. Les deux qui ne provoquaient aucune franche opposition : Jean-Claude Juncker et Herman Van Rompuy. Avec une légère préférence pour le premier, doyen des chefs d'Etat et de gouvernement, plus connu que le second qui n'a émergé sur la scène européenne qu'en décembre dernier. Friedrik Reinfeld demande alors aux deux faiseurs de roi ce qu'ils en pensent. Angela Merkel ne voit aucune opposition à ce que le premier ministre luxembourgeois soit en premier sur la liste mais Nicolas Sarkozy s'y oppose. Ensuite tout va très vite, Reinfeld soumet à l'approbation du conseil le premier nom selon la redoutable procédure du silence. Pas d'opposition? Et bien Herman Van Rompuy est élu président du conseil européen. Les Luxembourgeois sont furieux et on les comprend. Nicolas Sarkozy niera ensuite que cela s'est passé ainsi, sans convaincre. Les sources ont été recoupées : le président français a fait payer au premier ministre luxembourgeois sa supposée passivité lors du déclenchement de la crise financière à l'automne 2008.

Concernant Catherine Ashton, ce fut plus compliqué. Les Britanniques tenaient la solution dans leurs mains. Ils voulaient le poste de Haut Représentant aux Affaires Etrangères pour probablement s'assurer qu'il ne deviendra rien ou pas grand chose.. Car Londres s'est toujours opposé à l'émergence d'une véritable politique étrangère européenne. C'est l'affaire des nations, pas de Bruxelles, circulez.... Alors pour noyer toute tentative, vaut mieux être au poste de pilotage avec un pilote britannique. Milliband ne voulant pas du poste, Blair étant grillé pour la présidence du conseil, restait à trouver la personnalité britannique qui ne ferait d'ombre à personne, qui serait travailliste et si possible femme. L'affaire se joue l'après midi lors de la réunion à Bruxelles des chefs de gouvernement socialistes européens. Brown propose le nom de Catherine Ashton. Etonnement de l'assemblée. Qui? Mais ça passe. Et le soir, après quelques coups de fils donnés ici et là, Ashton est élue sous les acclamations. Alors qu'on s'attendait à une longue nuit, tout est réglé en 1 heure. Au passage, les Britanniques acceptent qu'un Français devienne commissaire européen au marché intérieur, avec le contrôle des services financiers. En bref, une sorte de contrôle de la City par un Français. Il fallait que la contrepartie soit substantielle pour que la fière Albion accepte d'avaler telle couleuvre. Et les Allemands obtiennent pour dans deux ans le poste de secrétaire général du Conseil, un poste administratif stratégique.
Et maintenant tout commence. L'effacé Herman Van Rompuy et l'inconnue Catherine Ashton arriveront-ils à s'émanciper de leurs démiurges ? On ne pourrait être que favorablement surpris s'ils y parvenaient...
Par Hughes Beaudouin
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Mercredi 18 novembre 2009 3 18 /11 /2009 22:51
"Ceux qui parlent ne savent rien, et ceux qui savent ne parlent pas"... Cet adage popularisé en son temps par Bernadette Chirac est d'une brûlante actualité appliquée aux négociations en cours sur le choix des "top jobs" de l'Union européenne. Les rumeurs enflent chaque jour, se dégonflent dès le lendemain et d'autres apparaissent. Aucune info ou presque ne filtre, les Suédois qui président l'Union jusqu'au 31 décembre cultive un suspense sans précédent, ne laissant échapper à dose homéopathique que quelques infos immédiatement analysées et souvent surinterprétées. Le ministre des affaires étrangères suédois va-t-il déjeuner dans une pizzeria qu'immédiatement on spécule sur la chance du candidat italien. La ministre des affaires européennes s'exprime-t-elle en français, qu'on se dit que les candidats francophones ont leur chance... Un jour, ce sont les Polonais qui laissent dire qu'ils ne se laisseront pas dicter un choix par le directoire franco-allemand, suivis des Espagnols qui auraient exigé qu'un des postes leur revienne. Et c'est là que le nom de l'ancien premier ministre José Maria Aznar réapparait. Etrangement soutenu par le président du parlement européen. A quelques heures du sommet dînatoire, la situation est plutôt confuse. "It's a complete mess" s'est écriée en début de semaine Cecilia Malmström, la ministre suédoise des affaires européennes. Comprenez, "c'est le bazar le plus complet". Une seule certitude, une vingtaine de noms circulent pour les deux postes. Seuls 6 ou 7 sont connus et encore, sans confirmation en général des intéressés.

Le Benelux en vedette
Alors qu'aucun candidat à la présidence de l'Union ou à la fonction de Haut représentant ne semble se détacher, Herman Van Rompuy semble toujours le favori pour la présidence, même s'il a perdu quelques points après s'être exprimé en faveur d'une fiscalité verte européenne lors d'un déjeuner du cercle de Bilderberg. Un cénacle très chic et très discret réunissant hommes politiques, d'affaires, journalistes triés sur le volet. Immédiatement, la presse britannique, Daily Telegraph en tête, a lancé l'offensive anti-belge. Jean-Claude Juncker, le premier ministre du Luxembourg, semble avoir de nouveau les faveurs de l'Allemagne après une déclaration de soutien du président du Bundestag. Très probablement autorisé par Angela Merkel. Les Britanniques continuent de soutenir Tony Blair faisant mine d'ignorer qu'il n'a quasiment plus aucune chance. En coulisses, les diplomates britanniques s'activent, cajolent les journalistes, exercent un lobbying d'enfer auprès de certaines agences de presse. A Bruxelles, les journalistes britanniques tiennent le même discours : Blair est le meilleur candidat, c'est lui qui sera capable de donner un visage à l'Europe. "Oui mais quel visage !" rétorquent unanimes Belges, Luxembourgeois et Néerlandais qui eux ont chacun leur candidat. Le Benelux tient la vedette. Petits pays, mais pays fondateurs qui participent à toutes les politiques européennes. Leur brevet d'européanité est quasi incontestable. Mais bon, leurs candidats sont un peu ternes, peu connus hors d'Europe... et surtout un peu trop "masculins".

Où sont les femmes
Car depuis quelques jours, les femmes européennes se révoltent. Alors que tout le monde parle d'équilibre, nord/sud, est/ouest, gauche/droite, petit/grand, il en est qui ne semble vraiment plus une priorité, l'équilibre homme/femme. Alors que la Commission européenne est en phase de renouvellement, il apparait que seules 4 candidatures de femmes ont été à ce jour présentées. La Commission sortante en compte 8. La régression est patente. Alors en deux jours c'est une véritable offensive qui a été lancée pour appeler les Etats à soutenir des candidatures féminines. Issues de la plupart des groupes politiques du parlement européen, des députées ont manifesté ce mercredi, habillées en homme, portant cravatte, pour dénoncer cette Europe masculine. Et on sent que les diplomates européens sont embarrassés. ils semblent hésiter. Et pourtant des candidates, il y en a, Et une particulièrement, qui ne manque pas de bravoure. l'ancienne présidente de la Lettonie, Vaira Vike Freiberga est candidate déclarée.
Voilà une femme qui détonne dans le paysage politique européen. Alors que les hommes n'osent se déclarer et que certains et qu'une opacité complète couvre des négociations secrètes, voilà une femme qui assume son ambition. N'hésite pas accorder des interviews, à dénoncer les pratiques politiques moyennageuses des dirigeants européens. Alors c'est le buzz depuis le début de la semaine. Au grand dam des autres "candidats" qui ne savent pas comment riposter. La nomination d'un premier président de l'Union européenne devait offrir au monde un nouveau visage de cette vieille Europe et l'affaire tourne au ridicule. "Même l'élection d'un pape est plus transparente" lance excédé un diplomate suédois, habitué dans son pays à plus de transparence.

Mais que pense Paris?
Alors, état des lieux à quelques heures de l'échéance ? Le poste de président de l'Union ira probablement à un homme de droite... ou une femme et le Haut Représentant sera un social démocrate. Qu'il n'y aura probablement pas de Français, car Paris n'a présenté aucun candidat. Même si depuis mardi circule la rumeur d'une nomination d'Elisabeth Guigou au poste de haut représentant. On résoudrait du même coup le quadruple critère : femme, expérimentée, socialiste et issue d'un pays fondateur. Mais personne, vraiment personne ,de l'Elysée à Matignon n'a donné le moindre crédit à cette information. Encore une rumeur...D'ailleurs la position de la  France intrigue. Chacun est bien conscient que rien ne sera décidé sans son accord, Certes, les nominations seront votées à la majorité qualifiée. Mais personne n'imagine que les principaux dirigeants de l'Union puissent être nommés sans l'aval de Paris. Cette fois ci la France n'a pas de candidat déclarée et est devenue soudainement très discrète depuis que son soutien à Tony Blair n'a servi strictement à rien. Une simple note des dirigeants du Benelux a suffi à discréditer la candidature de l'ancien premier ministre britannique. Ca rend modeste... Depuis Paris souffle le chaud et le froid. Laissant entrevoir un soutien au premier ministre belge, mais deux jours après n'excluant pas de soutenir le premier ministre luxembourgeois. Autre signe, la candidature de la francophone Vike-Freiberga - une amie de l'ancien président Chirac - est ouvertement soutenue et orchestrée par un think tank français, proche du Quai d'Orsay. Une coincidence ? L''Elysée en tout cas ne veut pas apparaitre dans le camp des perdants. Réponse ce soir jeudi, tard, peut être très tard. Le protocole du conseil européen a tout de même pris toutes ses dispositions au cas où. Petit déjeuner et même déjeuner pour vendredi ont été prévus...
Par Hughes Beaudouin
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Samedi 7 novembre 2009 6 07 /11 /2009 18:22
On savait la Commission européenne complètement convertie aux OGM. Cela ne date pas d'hier. l'exécutif Barroso 1 en a même fait une priorité, en dépit de résistances internes, notamment celle de son commissaire à l'Environnement, le grec Stavros Dimas. S'appuyant régulièrement sur des arguments fallacieux, maniant la langue de bois avec un certain art, faisant semblant d'attacher de l'intérêt au débat public, usant de procédures juridiques avec un talent rarement atteint, elle arrive progressivement à réaliser ses objectifs : imposer les ogm faisant fi des doutes exprimés par l'opinion publique et scientifique. Dernier exemple de ce cynisme, l'autorisation de commercialisation de 3 OGM validée il y a quelques jours par l'éxécutif européen. Les circonstances de cette autorisation sont elles mêmes éloquentes et révèlent un état d'esprit pour le moins contestable. Il s'agit de 3 types de maïs ogm produits par Monsanto, le Mon 89034 et 88017, et par Pioneer Overseas Corporation, le 59122xNK603, Ils ont été validés de façon plutôt cavalière par la Commission, d'autant que tous les trois posent un certain nombre de questions du point de vue sanitaire.

Les parlementaires européens méprisés
D'abord la date. Le mandat de l'actuelle Commission européenne venait à échéance le 31 octobre. Depuis ce jour, elle est en "affaires courantes" dans l'attente de la formation d'une nouvelle Commission sous les règles du Traité de Lisbonne. Et bien, c'est au dernier jour de ce mandat que la signature a été apposée sur la demande d'autorisation. Considérant probablement  qu'autoriser des ogm contestés relève des "affaires courantes". Comme un pied de nez aux Etats membres et au Parlement européen qui ont émis de nombreuses interrogations sur ces OGM. Le 31 octobre, c'était aussi le deuxième jour d'un sommet européen crucial qui devait trancher sur des sujets importants : changement climatique, immigration, Traité de Lisbonne. De fait toute l'attention des médias et des dirigeants européens ce jour là était plutôt portée sur le sommet et pas sur la Commission. Laquelle en a profité, presque incognito, pour prendre cette décision majeure et en informer la presse par mail le vendredi soir, aussi discrètement que possible. Enfin, dernier point sur la forme. La Commission a méprisé sans vergogne le rôle du Parlement européen. Tenu de lui demander son avis selon la règle du "droit de regard", la Commission n'a pas trouvé mieux que de saisir le Parlement européen le 31 juillet pour réponse le 24 août. En plein milieu de l'été, alors que l'institution parlementaire élue en juin n'avait pas encore achevé sa constitution. Belle preuve de respect pour les eurodéputés ! Voilà pour la forme mais sur le fond aussi, cette autorisation pose problème. 

Risques sanitaires
Ces 3 ogm sont susceptibles de poser un certain nombre de risques sanitaires. Le Mon 89034 qui contient (les scientifiques préfèrent le terme "exprimer") deux protéïnes insecticides, a été soumis au test obligatoire de 90 jours et a provoqué des problèmes rénaux chez deux rats femelles et la mort d'un rat mâle au bout  de 14 jours. Les tests n'ont pas été prolongés en dépit de ces résultats. L'autre ogm de Monsanto, le 88017 résiste quant à lui à l'herbicide Roundup et produit lui aussi un insecticide contre les coléoptères. Idem pour le 59122xNK603. Les tests ont été réalisés séparément sur le 59122 et le NK603, pas sur l'alliance des deux, alors même que des effets négatifs ont été constatés sur un sexe. Mais pour la Commission, pas de quoi s'émouvoir et solliciter éventuellement des expertises supplémentaires. Le coup de grâce aurait pu venir des Etats membres car un Conseil des ministres de l'agriculture devait trancher la question fin octobre. Mais ils se sont révélés incapables de trancher, pas de majorité qualifiée ni pour ni contre. Comme souvent d'ailleurs sur les OGM, la question divisant les Etats depuis de nombreuses années.

Procédure ubuesque
En l'occurrence cette incapacité à trancher dans un sens ou un autre a servi la Commission. Les procédures communautaires stipulant qu'en l'absence de décision des Etats, la Commission est compétente pour prendre elle même cette décision dans le sens qu'elle souhaite et au moment où elle le souhaite. Et il faut reconnaitre qu'elle n'a pas tardé. On a connu la Commission plus lente en d'autres circonstances. Car le vote des ministres est intervenu le 20 octobre et dix jours plus tard, José Manuel Barroso a validé la demande d'autorisation. Quelle diligence ! Rappelons que lors de l'irruption de la crise financière à l'automne 2008, l'exécutif européen a laissé passer plusieurs semaines avant de réagir... et pourtant il y avait urgence.
Peut être  faudrait-il recommander au président Barroso de créer un poste de Commissaire européen au "principe de précaution"...
Par Hughes Beaudouin
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Mardi 3 novembre 2009 2 03 /11 /2009 10:29

Vendredi 30 octobre, 14h00. Fin du conseil européen. Les chefs d'Etat et de gouvernement quittent les uns après les autres l'austère siège du Conseil, après pour la plupart s'être livré au traditionnel exercice de la conférence de presse. Herman Van Rompuy, le premier ministre belge est de ceux là. Il se dirige vers un ascenseur, mais un agent d'entretien, en plein travail, oblige bien involontairement le Premier (c'est ainsi qu'on appelle familièrement le chef du gouvernement belge) à attendre l'ascenseur suivant. Aucun signe d'agacement, bien au contraire, un sourire et un mot gentil pour saluer l'agent. Voilà Herman Van Rompuy, un homme modeste, qu'on peut saluer simplement dans la rue. L'homme préfère son "chez lui" aux dîners en ville. C'est la modestie faite premier ministre d'un des pays les plus difficilement gouvernables d'Europe. Et c'est peut être pourquoi depuis quelques semaines son nom circule pour occuper la fonction de premier président stable du conseil européen.
Depuis que la candidature de Tony Blair, qui semblait tout désigné pour le poste, a été sabordée par plusieurs dirigeants européens, les 27 sont à la recherche de la perle rare. Si l'on devait rédiger l'offre d'emploi, on verrait vite que le profil ne court pas les rues. Ancien chef d'Etat ou de gouvernement, issu d'un pays qui participe à l'ensemble des politiques européennes. Patient, rompu aux négociations nocturnes, habile diplomate, connu et reconnu par les grands de ce monde. Conservateur modéré, europhile sans être fédéraliste, il ne doit pas faire d'ombre à Nicolas Sarkozy et à Angela Merkel et doit tout à la fois donner la place qu'ils méritent aux dirigeants des petits Etats. On pourra ajouter qu'il doit être polyglotte ou tout au moins maîtriser l'anglais et le français.
Les "chasseurs de tête" de la diplomatie européenne ne s'y sont pas trompés. A quelques centaines de mètres du 175 rue de la Loi, siège du Conseil,  il y a le 16 rue de la Loi, bureau du premier ministre belge. Rappelons nous, en décembre 2008, entre Noël et le le jour de l'an, la Belgique se cherche une nouvelle fois un premier ministre. Le pays traverse une nouvelle crise institutionnelle, Yves Leterme a démissionné, il n'est vraiment pas l'homme de la situation. Herman Van Rompuy, sage parmi les sages, président de la Chambre, semble tout désigné pour recoller les morceaux. Conservateur modéré, bruxellois flamand, issu d'une grande famille de "vrais" Belges, francophone et francophile, il est sollicité par tous mais refuse. A 63 ans, l'homme veut achever sa carrière politique tranquillement. Mais le Roi Albert II insiste, le supplie probablement. Et Herman cède.
Depuis, la Belgique semble avoir retrouvé une certaine sérénité. Il faut dire que la crise économique occupe plus les esprits que le conflit institutionnel. Chacun accepte cet homme qui semble être la dernière solution pour pacifier les relations entre Flamands Bruxellois et Wallons. Certains le disent terne, effacé, sans charisme. Peut être.. mais sa rigueur, sa simplicité ne font aucun doute. Et l'homme n'est pas dénué d'humour et de culture. Jeudi 29 octobre, alors qu'il présente avec ses homologues espagnol et hongrois le logo commun des 3 futurs présidences européennes, il déclame un haiku, dont il est très amateur ("Drie golven rollen. Samen de haven binnen. Het trio is thuis") et se lance dans un récit historique à la "Alain Decaux" sur ce qui rapproche ces 3 pays. C'était osé, il l'a fait... Alors voilà pourquoi, faute de mieux diront certains, les diplomates européens ont pensé à cet homme pour diriger le conseil européen pendant 30 mois (mandat renouvelable une fois).
On se dirigerait donc vers une présidence modeste, ce qui ne correspond pas tout à fait aux projets des initiateurs du Traité de Lisbonne. Herman Van Rompuy entre Barack Obama, Hu Jintao et Dimitri Medvedev, effectivement ça peut fragiliser la position européenne alors que le Traité de Lisbonne a pour objectif d'imposer l'Europe comme véritable interlocuteur sur la scène internationale.

Mais les Belges laisseront-ils le locataire du "16" remonter la rue jusqu'au 175? Rien n'est moins sûr. Certes depuis que le nom du Premier circule, les sujets d'Albert II se disent fiers et honorés. Mais qui mettre à sa place? Avec humour un diplomate européen remarquait à l'issue du sommet européen qu'il faudrait peut être organiser un conseil européen extraordinaire pour trouver un premier ministre à la Belgique.  Car pour l'instant, Herman Van Rompuy semble irremplaçable. Les Belges doivent trouver une solution d'ici le printemps sur l'avenir institutionnel du fameux BHV. Le BHV, c'est cet arrondissement qui comprend la région de Bruxelles Capitale et quelques cantons flamands où réside une importante minorité francophone. Si cet arrondissement devait être scindé, les populations francophones perdrait un statut dérogatoire particulier. Un casus belli pour les francophones. Pour l'instant, le modéré Herman Van Rompuy a réussi à calmer le jeu. La plupart des autres responsables politiques flamands, notamment parmi les plus jeunes, sont une ligne plus combattive. D'où l'intérêt des Belges de garder leur Herman aussi longtemps que possible.

Par Hughes Beaudouin
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Lundi 21 septembre 2009 1 21 /09 /2009 11:46

« C’est une météorite. Elle s’est marginalisée d’elle-même dans le groupe ». Le propos de ce député européen UMP à l’encontre de sa collègue Rachida Dati est sévère. Et rejoint ce que la plupart des autres eurodéputés pensent, sans parfois oser le dire. Ses absences répétées des réunions du groupe UMP, le sentiment qu’elle donne d’être toujours « ailleurs » même quand elle est là, ont marginalisé l’ancienne garde des sceaux. "Elle a son propre agenda et de toute évidence, il n'a pas grand chose à voir avec l'Europe" explique malicieux un de ses collègues UMP. Déjà en juillet, lors de la rentrée solennelle du parlement européen, ses collègues UMP s’étaient amusés du coup de téléphone reçu d’un collaborateur de Rachida Dati leur conseillant « de lui transmettre systématiquement tous les dossiers médiatiques ». On en rit encore dans les couloirs du parlement...
A la Représentation permanente de la France, on s'était ému également que l'ancienne ministre début juillet fasse état de documents internes, obtenus grâce à des contacts personnels.

Mais c’est à la session plénière de septembre que la nouvelle eurodéputée a probablement franchi la ligne jaune, suscitant l’exaspération de nombre de ses collègues, français et européens. Il s’agit alors d’attribuer un rapport sensible sur les hedge funds à un eurodéputé conservateur. Il y a plusieurs candidats, difficiles à départager. Jean-Paul Gauzès, député européen français UMP depuis 2004, ancien banquier et fin connaisseur du dossier, propose alors afin de mettre tout le monde d’accord et d’occuper lui même la fonction. Il s’engage à créer dans la foulée un groupe de travail réunissant tous les députés intéressés. Approbation générale. C’est alors que Rachida Dati se lève, et accuse Jean-Paul Gauzès de se comporter comme un « dictateur autocrate » et elle vote contre. Seule. L’assemblée effarée n’en revient pas. Les eurodéputés allemands se demandent ce qui se passe dans le groupe UMP. Selon un autre député, Rachida Dati menace de faire intervenir l’Elysée. « Là, c’est la gaffe de trop » remarque un député allemand. Quelques minutes après cette séance houleuse, les députés se lâchent : « Il y a ici des dizaines d’anciens ministres, d’anciens premier ministres et même d’ex Chefs d’Etat. On acquiert ici le respect par son travail, pas par ses anciens titres ou le nombre de caméras qui vous suivent ». Astrid Lulling, députée luxembourgeoise est furieuse : « Je n’ai jamais vu ça. Ici on travaille, on fait pas du show pour des émissions people ». Référence aux nombreuses caméras qui suivent régulièrement Rachida Dati dans l’enceinte du Parlement.
Pour sauver la face, Rachida Dati affirme le lendemain qu’elle a obtenue d’être rapporteur sur un autre sujet : le GMES ou pour faire simple les technologies d’observation de la Terre par satellite. Pas tout à fait vrai, elle n’a été chargée en fait que de suivre le dossier pour le groupe des droites européennes. Ce sont deux eurodéputés socialistes, allemand et italien, qui ont en fait été désignés rapporteurs. L’apprentissage du parlementarisme à l’européenne est apparemment plus compliqué que prévu…

Par Hughes Beaudouin
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Jeudi 17 septembre 2009 4 17 /09 /2009 10:41
La scène se déroule à 17h30 ce mercredi 16 septembre dans l'enceinte du Parlement européen à Strasbourg. Le président de la Commission vient d'être confortablement réélu, avec notamment des voix socialistes. Pendant toute l'après midi les parlementaires européens, connus ou inconnus, ont fait part de leur réaction aux chaines de tv européenne qui ont installé leur équipements à quelques mètres de l'hémicycle. C'est le tour de l'allemand Martin Schultz, président du groupe socialiste au parlement européen. Ereinté après des dizaines d'interviews et surtout d'interminables réunions où il a tenté de négocier une position commune des socialistes européens sur la reconduction de Barroso, il se prépare à répondre à de nouvelles questions. Quelques instants avant l'interview, Martin Schultz fait quelques essais de voix. En général, les interviewés émettent alors quelques banalités, genre "1, 2, 3, il fait beau, je m'appelle X". Par précaution, ignorant s'ils sont enregistrés ou pas. Mieux vaut éviter de se retrouver dans le bêtisier de fin d'année ou sur Youtube dans la demi heure qui suit. Mais là Martin Schultz pourtant un habitué des médias audiovisuels, déroge à la règle. Et lance, glacial, la tirade suivante, dans un excellent français, regardant droit la caméra et sans la moindre once d'humour : "Les socialistes français, c'est comme les pigeons de la cathédrale. Quand ils sont en haut, ils vous ch.. sur la gueule, et quand ils sont en bas il vous bouffent dans la main !". A quelques mètres de là, la présidente de la délégation des eurodéputés socialistes français, répond à une interview pour une télé française. Martin Schultz ne pouvait pas ne pas l'avoir vu.... Rappelons que les socialistes français, opposants acharnés à la reconduction de Barroso, avaient bataillé durement les jours précédents pour convaincre leurs "camarades" européens de voter non. Voilà, c'était la minute " bienvenue en fraternité socialiste européenne".

Précision de Monsieur Martin Schultz. Le président du groupe de_l'Alliance progressiste des Socialistes et Démocrates au Parlement européen tient à démentir avec la plus grande fermeté la version décrite dans le texte qui précède. Monsieur Martin Schultz affirme ne pas avoir visé les socialistes français. Les collaborateurs de Martin Schultz apportent comme preuve pour étayer leur thèse un enregistrement vidéo. On y voit effectivement le président du groupe S&D prononcer la phrase incriminée sans le qualificatif "français".

Dans cet extrait vidéo, filmé le 16 septembre à 16h30 et transmis par la chaîne Euronews au groupe socialiste, Martin Schultz prononce la phrase suivante au moment où on l'invite à faire un essai de voix : "Bonjour messieurs, dames. Je suis Martin Schulz, président du groupe socialiste. Je suis un socialiste typique. Je promets tout et je ne tiens rien. (...) Les socialistes sont comme les pigeons de la cathédrale de Strasbourg. S'ils sont en haut ils chient sur toi, s'ils sont en bas ils mangent dans la main."

Le bureau de Martin Schultz apporte donc la précision suivante : "La scène décrite ne correspond pas à la réalité. On voit bien, lors de cet essai technique, que Martin Schulz pratique l'autodérision. Quant à la plaisanterie sur les pigeons, non seulement elle ne vise pas les socialistes français mais en outre elle n'a pas de contenu vulgaire".

Note de l'auteur du blog. Cette scène n'est pas celle qui fait l'objet du récit mis en ligne le 17 septembre. Le récit est donc maintenu dans son intégralité. Il y a divergence sur l’heure à laquelle les propos qui font l’objet de ce post ont été prononcés. L’extrait d’Euronews a été, semble-t-il, enregistré à 16h30 alors que la scène décrite ci-dessus se situe après 17h00, l’auteur du post et les autres témoins de la scène n’étant pas présents sur les lieux avant 17h00.

Par ailleurs, si la première phrase de l’essai technique avait été entendue ("Je suis un
socialiste typique, je promets tout et ne tiens rien"), elle aurait été sans aucun doute commentée car même dite avec humour, elle n’aurait pas échappé à l’attention de l’auteur de ce blog. Enfin, dans la phrase entendue, "Strasbourg" n’a pas été prononcé alors que Martin Schultz y fait spécifiquement référence dans l’enregistrement d’Euronews.

Dans un premier temps, l'équipe de Martin Schultz n'a pas démenti les propos rapportés, se limitant à préciser qu'il fallait les comprendre comme de l'humour "rhénan". Le bureau de Martin Schultz avait indiqué qu'un commentaire en ce sens serait ajouté au bas du post en signe d'apaisement. Ce qui n'a pas été fait. Un démenti est arrivé le mardi 23 septembre après l'obtention d'un extrait vidéo.

Ceci étant dit nous voulons bien admettre que tous ces propos ont été prononcés sans volonté de nuire, et avec humour, plusieurs sources nous ayant indiqué que Martin Schultz était assez familier de ce type de boutades.
Par Hughes Beaudouin
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Jeudi 17 septembre 2009 4 17 /09 /2009 08:58
Cela se passe dans le bureau du Président du Parlement européen il y a quelques jours. Lors d'une de ces rituelles réunions de cabinet. Le Polonais Jerzy Buzek, tout nouveau président du parlement, est encore dans l'apprentissage de ses nouvelles fonctions. Beaucoup de visites protocolaires, beaucoup de serrages de mains, pas mal de voyages. Il faut concilier toutes ces obligations, un vrai travai d'orfèvre pour l'équipe des conseillers. C'est alors que plusieurs d'entre eux mettent sur la table une proposition, de toute évidence mûrement réfléchie : "Monsieur le Président, faites acheter un avion par le Parlement. Cela devient impossible d'organiser vos voyages". L'argument peut s'entendre. Il est effectivement compliqué d'organiser l'agenda d'un responsable politique européen qui passe une partie de la semaine entre deux aéroports . Mais en pleine crise économique, alors que les institutions européennes sont sévèrement critiquées, en manque de légitimité, qu'un referendum compliqué s'annonce en Irlande, ,les conseillers du Président Buzek ne trouvent pas mieux que de lui conseiller d'acheter un avion. Et à ce jour personne n'a encore eu le réflexe de bon sens de lui dire : non, c'est une très mauvaise idée...
Par Hughes Beaudouin
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Jeudi 25 juin 2009 4 25 /06 /2009 08:06
"Qui? Nooon... Mais si !" Les trois mots les plus entendus en ce mercredi matin, le cénacle européen apprenant la nomination de Pierre Lellouche au secrétariat d'Etat aux affaires européennes. Nomination assez illisible et qui manque pour le moins de cohérence. Un premier signe de désintérêt pour le suivi des affaires européennes? Bruno Lemaire, en charge du dossier depuis 6 mois commençait à prendre ses marques. Sa connaissance de l'allemand a beaucoup fait pour rapprocher Paris et Berlin. A Bruxelles, on commençait à s'habituer à ce jeune ministre, qui cultive la distance avec une certaine élégance. Se faire "apprivoiser" par les Européens n'est pas tâche facile et demande du temps. Et voilà qu'on le remplace. Certes il évolue vers des fonctions dont la dimension est essentiellement européenne. L'expérience ne sera pas perdue. Mais c'est la nomination du remuant Pierre Lellouche qui pose question. Pro-atlantiste convaincu, assez allergique à tout ce qui commence par "euro" ou "eura", le tout Bruxelles se rappelle ses sorties fort peu diplomatiques sur l'inefficacité et le technocratisme de l'UE. Le profil "pro turc" du nouveau ministre suscite également moult interrogations. Certes, il suivra la ligne décidée par l'Elysée mais au jour le jour, c'est lui qui va suivre le dossier, argumenter la position française, négocier l'ouverture de nouveaux chapitres d'adhésion. On le verra à l'oeuvre très rapidement. Les négociations avec la Turquie viennent de reprendre, dans quelques jours le chapitre "fiscalité" devrait être ouvert. Bruxelles en tout cas espère que Paris n'est pas en train de renouer avec une triste tradition chiraquienne : n'attacher aucune importance au secrétariat d'Etat aux affaires européennes en nommant des ministres peu motivés pour des CDD de courte durée.
Par Hughes Beaudouin
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